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15 avril 2010 4 15 /04 /avril /2010 08:55

LE 14 JUILLET 1957 A TENES

 


Le 14 juillet 1957, le Colonel RIEUTORD organisa un défilé militaire à TENES. La manifestation se déroula dans la partie basse de la ville à proximité de la plage.

Les troupes se rassemblèrent près du port, et défilèrent sur le front de mer, pour se regrouper sur une esplanade à l'emplacement de l'ancienne gare S.N.C.F.

Le Colonel debout dans son command car, était en tête du défilé. Il était suivi par les engins blindés de reconnaissance (E.B.R.) de la gendarmerie mobile en poste à TENES, et les deux half-tracks de la C.C.S de TENES.

La fanfare du 3ème Bataillon basé à NOVI ouvrait le défilé des troupes à pied, suivie par plusieurs sections des 2ème et 3ème Bataillons, et le commando de secteur de TENES, composé de la harka et de la section de combat de la C.C.S. du régiment. Enfin le groupe cynophile de MONTENOTTE avec les chiens de piste et de combat fermait le défilé.

Cette manifestation, outre l'hommage rendu aux anciens combattants, apportait aux Européens de TENES un réconfort moral, et mettait en évidence auprès des Algériens la puissance de l'armement de l'Armée  Française.

Lors de cette fête, la harka se vit remettre son fanion, et des décorations furent distribuées sur le front des troupes à plusieurs militaires du régiment.

De très nombreux Ténésiens, assistèrent au défilé.


 

Le-port-et-le-Cap-TENES.jpg          La route du front de mer et la place où se déroula la cérémonie.

 

 

Defile du 14-07-1957 photo Andre BEAUMONTLe commando de Ténès au défilé applaudi par les Ténésiens.

 

 

Defile-sur-le-front-de-mer-le-14-07-1957.jpg         

 

 

Les-Half-tracks--14-07-1957.jpg          Les half-tracks de la CCS de Ténès au défilé.

 

 


Les blindes au defile du 14-7-1957 a TENES photo BEAUMONT          Les blindés sur la place d'armes. Les 2 half-tracks de la CCS, et 4 EBR des gendarmes mobiles.

 

 

14-juillet-1957-avec-les-chiens.jpg         Les harkis, la CCS, et le groupe cynophile de Montenotte.

 

 

Le-colonel-14-07-1957.jpg           Le Colonel RIEUTORD sur le front des troupes va procéder à la remise du fanion aux harkis.

 


TENES remise de decoration par le colonel RIEUTORD                                    Le colonel va procéder à la remise des décorations.

 

 

Remise-du-fanion-aux-harkis--14-07-1957.jpg           Les harkis viennent de recevoir leur fanion.Ils sont accompagnés par le sergent HALIMI.

 

 

TENESIENS-au-defile-du-14-07-1957.jpg                                 des Ténésiens au défilé, près du command car du Colonel.

 

 

14-juillet-1957-a-TENES-photo-M.PARIS-copie-1.jpg
La fanfare après le défilé pose dans la rue à TENES.

 

 

 

                                   Michel FETIVEAU.


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14 avril 2010 3 14 /04 /avril /2010 15:54

LA CEREMONIE DU 11 NOVEMBRE 1957 A TENES



La fête de l'Armistice, c'est l'occasion d'honorer la mémoire des anciens combattants et les morts de la grande guerre de 14/18, ainsi que les sacrifices et les souffrances de toute une génération.

En 1957 à TENES, le commando de secteur basé à la caserne LAVARANDE, présenta les armes au monument aux morts. La fanfare était réduite au seul clairon de la caserne, BULIN, qui joua la sonnerie aux morts devant le Colonel, les officiers de l'Etat Major, les personnalités de la ville de TENES et les anciens combattants.

Le défilé emprunta la rue Georges Clemenceau pour se rendre sur la place du Marché face à la caserne, où avait été implanté un mât. En présence du Colonel, du Sous Préfet, du Maire, et des autres personnalités, le commando de TENES présenta les armes. BULIN sonna le lever des couleurs qui furent envoyées par un militaire du contingent, et un jeune Algérien.

Tout le monde fût ensuite convié à un gigantesque méchoui préparé dans la cour de la caserne.


 11-11-1957-la-sonnerie-aux-morts.jpg

             La sonnerie aux morts, le clairon BULIN et les appelés du commando.                       



une-partie-du-commando-le-11-11-1957-copie-1.jpg            Les harkis du commando au monument aux morts.

 

 

 



11-09-1957-au-monument-aux-morts.jpg              Une vue de la totalité du commando au monument aux morts.



11-novembre-1957-place-du-marche-a-TENES.jpg                 La fin du défilé place du marché.



une-partie-du-commando-d-file-le-11-11-1957.jpg                 On arrive place du marché.

 

11-09-1957-TENES-le-garage-BERYL.jpg

              Je prépare l'alignement pour le lever des couleurs.

       

Mon-commando-le-11-novembre-1957.jpg                 Le lever des couleurs devant les personnalités.



Preparation-du-mechoui-copie-1.jpg                      Très tôt le matin, les harkis préparent le méchoui.



Le-mechoui-le-11-11-1957-dans-la-cour-de-la-caserne.jpg                 Les personnalités et les anciens combattants dégustent le méchoui.



Mechoui-2-11-11-1957.jpg                    La gendarmerie participe au festin.




                             Michel FETIVEAU.

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13 avril 2010 2 13 /04 /avril /2010 14:54

LE COMMANDO DE SECTEUR DE TENES

EN OPERATION PRES DE FLATTERS

 

Le 13 décembre 1957, alors que je revenais d'une opération de 3 jours à l'extrémité de notre secteur près d'ORLEANSVILLE, je suis contacté par radio par l'Etat Major qui me demande de ne pas rallier TENES, mais de rejoindre FLATTERS pour me mettre à la disposition d'un chef de Bataillon. Nous venions de crapahuter 3 jours dans le djebel, nous étions fourbus, pas rasés et il fallait sans rentrer au poste repartir en opération. Ce même jour alors que l'on m'avait signifié la fin de l'opération et que je regagnais mes K.36-dans-le-secteur-de-POINTE-ROUGE-C.REDON.jpgvéhicules, j'ai croisé dans le brouillard, la harka du Bachagha BOUALEM. Je n'étais pas informé de sa présence, je ne suis pas sûr qu'il était au courant de la mienne avec mes 25 harkis, toujours est-il qu'au contact ce fût la surprise!.... Nous ne fûmes pas loin de nous tirer dessus, et ce jour là, les foulards "jaune et rouge" nous ont sûrement sauvé la mise.                                                                                                                   Lors de la réunion des chefs d'unité, j'exposais mon problème et sollicitais d'être affecté au bouclage. Le Capitaine de corvette GUILLAUME qui commandait le commando du même nom, assistait à cette réunion, habillé en djellaba. On accéda à ma demande, on me remit la carte d'état major du secteur où je devais opérer, et l'on me précisa mon emplacement dans le bouclage. A cinq heures du matin après une courte nuit sous la toile pour mes hommes, et dans une cabine de G.M.C. en ce qui me concerne, nous prenons la piste. Après quelques kilomètres d'une piste défoncée, nous sommes arrêtés sur un oued, dont le pont avait vraisemblablement été détruit dans la nuit. Comme d'habitude, les véhicules se serrent sur l'obstacle, il est toujours très difficile dans ces situations, de faire respecter les distances. Je pousse un coup de gueule, et j'installe très rapidement un groupe en protection sur les hauteurs  avoisinantes. Les chauffeurs se mettent alors au travail pour traverser l'obstacle. Mes G.M.C. étaient équipés chacun de deux rails de chemin de fer que l'on assembla par deux pour les poser dans l'entraxe des roues des véhicules. CARTEAU avec son G.M.C. tenta le premier le passage, il ne voyait pas les rails, et fût guidé au geste par un autre chauffeur. La traversée fût longue et extrêmement périlleuse. Je décidais donc d'employer une autre méthode. Nous avions un véhicule de l'autre côté, et il pouvait tracter  avec son "crabot" et un câble. On traverserait à gué une cinquantaine de mètres plus loin. La descente ne posa pas de problème, les G.M.C. et les half-tracks passant pratiquement partout. La remontée fut plus difficile, heureusement le premier véhicule nous fût d'un grand secours, les engins patinaient et faisaient un bruit d'enfer. Enfin je regroupais tout mon personnel et je reformais le convoi. Quelques kilomètres plus loin, alors que nous circulions sur la piste, deux hommes sortent en courant d'une mechta à une trentaine de mètres et s'enfuient. Immédiatement nous stoppons, et après deux ou trois "arroua mena" je commande le feu. Les deux hommes sont abattus, ils étaient porteurs de pistolets, et nous avons récupéré une musette pleine de documents que j'ai remis au chef de l'opération. Cette dernière s'est déroulée sans autres incidents, à l'exception du retour. Mes véhicules Un-passage-difficile-en-operation-photo-Pierre-RABAUD.jpgavaient regagnés FLATTERS, et il me fallait les récupérer. Sur la carte, je relevais une piste à environ cinq kilomètres à vol d'oiseaux de notre position. Je demande à mes véhicules de venir me récupérer à cet endroit, et je me mets en route. Il était environ trois heures de l'après midi, et j'estimais qu'il ne me faudrait pas plus de deux heures pour rejoindre les véhicules. Le terrain était beaucoup plus tourmenté que je l'avais estimé, de nombreuses ravines nous coupaient la route, et il fallait les contourner, la forêt de plus en plus dense nous barrait le passage et rallongeait notre circuit. En cours de route, je récupérais quatre hommes du commando GUILLAUME qui s'étaient perdus. Ils me demandèrent de marcher en tête, ce que je ne leur refusais pas. Les jambes devenaient lourdes, et la nuit commençait à tomber, je contactais par radio mes véhicules, et je leur demandais de tirer quelques fusées pour que je les localise. Je n'étais plus qu'à une centaine de mètres d'eux. Il m'avait toutefois fallu près de six heures pour les rallier. C'était l'une des rares fois que j'étais en bouclage, et je rentrais malgré tout fourbu. On embarquait, je passais par FLATTERS pour déposer les quatre gars du commando GUILLAUME et assister au débriefing et l'on prenait le chemin de TENES, et pour ma part mon poste au VIEUX TENES.

 

 

         Ss Lt. Michel FETIVEAU

 

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12 mars 2010 5 12 /03 /mars /2010 18:12

Françis Garnier Le 28 janvier 1957.

 

 

 

 COMPTE RENDU D'OPERATION DU 27 JANVIER 1957

 

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         (1)   Mission  Opération N° 1 du jour J.                                                                                                              

 

 (2)   Intention  Se porter en véhicule en K.Y.  95  L  43. Faire retourner les véhicules avec une escorte arrivée à pied de FRANCIS GARNIER. Suivre la piste des crêtes, dirigée Ouest Est, jusqu'en L.Y.  O5. D4. but fixé de l'opération en respectant la mission donnée à savoir : Recherche d'éléments rebelles, à défaut faire du bruit et du volume pour action psychologique.

Rejoindre ensuite FRANCIS GARNIER à pieds avant 16 heures et prendre liaison avec la 5ème Cie.

     (3)  Moyens

          2 Sections de combat de 25 hommes + 1 groupe de Cdt de 10 hommes + un équipage 4 x 4 blindé + 3 gendarmes + ½ section d'escorte des camions qui a rejoint à pied les véhicules afin de les escorter au retour.

Transport :

         2 G.M.C. - 1 Chevrolet - 1 Camion Gendarmerie - 1 4 X 4 blindé.

Radio :

         5 S.C.R.536 -  1 S.C.R. 300 en liaison permanente avec le P.C.

Le P.C.

Armement :

         Individuel – Collectif  "4 fusils lance grenades – 2 F.M. – 2 L.R.A.C. – grenades O.F. (1 par voltigeur)"  

     (4) Déroulement de l'opération.

Parti de FRANCIS GARNIER le 27/1/57 à 6h45 avec les éléments cités           plus haut.

            Itinéraire :

   R.N. 11 – piste des Mines de BREIRA – Plusieurs arrêts afin de regrouper le convoi et établir liaison avec le P.C.        

Arrivé en 398,3 – 355,6 vers 8h00, le blindé dans lequel se trouvait le Capitaine MERCIER a aperçu 3 hommes et un mulet empruntant la piste se dirigeant vers le Nord – Ouest à partir du point cité. Le Capitaine fit stopper le convoi et interpeller les trois hommes qui firent la sourde oreille et allongèrent le pas. Il tira une courte rafale de P.M. dans leur direction ce qui eut pour effet de les faire fuir. Il donna l'ordre au F.M. du 4 x 4 de tirer ce qui fit également ouvrir le feu par les éléments débarqués immédiatement dès l'arrêt. Dans le même temps le Capitaine donnant l'ordre à l'Aspirant ANTIKOW de contourner les 3 rebelles avec une ½ section en utilisant le terrain qui permettait de progresser à l'abri des feux amis.

Pendant ce temps l'autre 1/2 section   comprenant un F.M. continuait à prendre les rebelles sous leurs feux et la 2ème Section progressait sur une ligne de crête en prolongement de la route.

En se rabattant sur les fuyards l'élément de tête manœuvré par l'Aspirant ANTIKOW se trouva face à face avec l'un d'eux, il fut abattu à bout portant par le Caporal Chef CARETERO, après avoir rendu compte cet élément se porta vers les corps des deux rebelles précédemment abattus, sur l'un desquels il récupérait un révolver barillet modèle 1892 ainsi qu'une musette contenant des documents concernant l'organisation politique et militaire de la région ainsi que le plan d'attaque de la mine (pièces jointes). Un interrogatoire du suspect révèle qu'il s'agit de SI HAMID remplaçant de SI LAKHDAR nommé au grade supérieur.

Deux des corps furent immédiatement identifiés comme étant ceux d'ouvriers travaillant à la mine de BREIRA le 3ème inconnu.

Une patrouille fut immédiatement envoyée le long de la piste suivie par les fuyards avec fouille des mechtas environnantes et contrôle d'identités par les gendarmes (4 suspects furent retenus).

Après un rapide examen des documents le Capitaine décida de progresser en direction de l'épicerie se trouvant au col en K.Y.95.L.32 où se trouve l'épicerie suspecte, une section assurant la protection sur les crêtes, ayant des difficultés sur l'identification des suspects compromis et ne voulant pas donner l'éveil, il a été décidé de retourner sur FRANCIS GARNIER pour examiner les documents saisis afin de les exploiter immédiatement.

Liaison 300 avec la 5ème Cie vers 11h00, celle-ci se trouvant en L.Y.05.D1. Un exposé de la situation lui fut donné.

A peu près à la même heure liaison avec PEKINOIS à qui il fut demandé d'aller en L.Y.05.D42. et L.Y.05.G42. sur renseignement de la Gendarmerie qui nous avait été retransmis quelques instants auparavant par le P.C. de la 6ème Cie.      Etant trop loin des points cités, n'étant pas dans le cadre de la mission nous n'avons pu nous y rendre. Retour vers 11h30 au col récupérant au passage les éléments venus à pied de FRANCIS GARNIER au P.C. vers 12h30.

Examen attentif des documents en collaboration avec la Gendarmerie jusqu'à 15h00 qui abouti à l'établissement d'une liste de personnes compromises et susceptibles d'être arrêtées dans la soirée. Identification des corps par la gendarmerie de FRANCIS GARNIER.

De 15h30 à 19h00 bouclage total de FRANCIS GARNIER et des environs. Arrestation par des éléments de l'armée et la gendarmerie commandés par le Capitaine de huit personnes compromises.

Arrivée des A.M. vers 15h15 qui participaient au bouclage.      

 

 

DESTINATAIRES

22ème R.I. Sous Secteur de TENES. (2)

M. le Chef de Bataillon du 2/22 R.I.

Gendarmerie de FRANCIS GARNIER

Archives

 

 

 

                                                                           Le Capitaine MERCIER

                                                                         Cdt la 6èmeCie du 2/22 R.I.



   Ce document m'a été communiqué par Paul ANTIKOW.                                      

 

        

 

 

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26 février 2010 5 26 /02 /février /2010 15:28

UNE EXPERIENCE REUSSIE DANS LE DOUAR DES MINES DE BREIRA

 

 

ALGERIE

 

Octobre 1956  –  Décembre 1957

 

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  "Voici raconté simplement

L'histoire d'une expérience

qui pourrait être qualifiée

de réussie……"

 

  Décembre 1957.

 

Le Sous Lieutenant Paul ANTIKOW.

 

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On parle beaucoup de  p a c i f i c a t i o n, je crois qu'on ne se représente pas très bien en France, ce que cela signifie. Pour ma part, j'ai eu la chance de vivre en un peu plus d'un an, ce que l'on essaie péniblement ailleurs, ceci étant dû à un concours heureux de circonstances, mais aussi à la mise en commun, dans une parfaite entente entre tous, de tous les moyens disponibles.

 

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            Pour comprendre notre façon d'agir, voici quelques rappels sur la géographie et l'économie de la région dans laquelle j'ai travaillé.

 

            Elle se situe sur le littoral, dans la chaîne montagneuse du  D A H R A, grossièrement à mi-chemin entre ALGER et ORAN, c'est-à-dire au nord d'ORLEANSVILLE, région qui subit d'importants dégâts en 1955, du fait d'un tremblement de terre.

 

 13---Djebel.jpg           Le relief est très tourmenté, extrêmement travaillé par l'érosion due principalement à la pluie. La végétation est irrégulière, mais on trouve des forêts de pins et de chênes-lièges. A une dizaine de kilomètres de la côte, l'altitude atteint 1200 mètres et les progressions sont assez pénibles dans ce paysage, qui, évidemment, est plein de ressources pour celui qui veut s'y cacher.

 

            Deux cas sont à distinguer dans l'évolution sociale de cette région :

 

            En premier lieu, le douar où se trouvent les mines de fer de BREIRA qui ont constitué notre base. Quelques mots de ces mines : elles produisent depuis 1910, un minerai de fer assez apprécié, mais en quantité limitée (100.000 tonnes/an). Le directeur ne manque pas de faire remarquer que les roues de la locomotive électrique française détentrice du record du monde de vitesse ont été coulées avec de l'acier provenant du minerai de BREIRA. Malgré la situation, ces mines sont en pleine expansion et la production augmente chaque année. Le minerai extrait est transporté par un télébenne gouraya-chargeur-automatique.jpgde 10 kilomètres environ, jusqu'au bord de la mer où des installations permettent de le charger sur des cargos de 7.000 tonnes maxima.

 

            Cette entreprise, et c'est là son grand intérêt, occupe environ quatre cents ouvriers musulmans qui ont, par conséquent, chaque jour, des contacts avec la présence française. De plus une centaine de millions de francs sont distribués en salaire. Evidemment, si l'on fait la division, le minimum vital est loin d'être atteint, mais c'est une fortune comparativement aux autres fellahs. Les conditions de travail sont très pénibles, mais il faut reconnaître que la Direction fait des efforts et joue la carte musulmane.

 

            En résumé, ce douar qui s'appelle BENI HAOUA et qui regroupe 7.000 personnes environ, a donc toujours senti, d'une façon sensible, la présence de la France concrétisée par le marché et les installations administratives du centre européen, assez proche de FRANCIS GARNIER d'une part et par la mine et le travail qu'elle procure d'autre part. Signalons un bienfait inattendu de ces mines qui, à l'origine, avaient un besoin de bois pour calciner le minerai : presque tous les arbres des forêts voisines ont été abattus, de sorte que le stationnement prolongé de bandes rebelles est rendu 04---Djebel.jpgpratiquement impossible dans ce paysage assez dénudé.

 

            La présence française n'était pas partout aussi marquée et c'était le cas des douars de l'intérieur. Ces douars avaient à leur tête un Caïd, nommé par l'Administration pour la représenter. Le Caïd avait un Garde-champêtre, également musulman, et il était assisté par une "DJEMAA", Assemblée des notables de la région. Cette "mafia" n'avait dans la majorité des cas, qu'un seul souci : ramasser de l'argent en pratiquant ce que l'on pourrait appeler "la corruption de fonctionnaire obligatoire" autrement dit "BACKCHICHE", c'est-à-dire que le misérable fellah devait payer ce qui était gratuit : actes de naissance, actes de mariage, de décès, carte d'identité….. Ce Caïd était également chargé de la collecte des impôts….. Il était d'ailleurs impossible de prendre qui que soit en flagrant délit, puisque c'était la victime même qui, l'argent dans la main, vous déclarait froidement : "je lui fais un cadeau"

 

            Pour cette population, l'Autorité française était donc représentée par des musulmans qui, dans la plus part des cas, avaient une charge pour les bénéfices qu'elle pouvait procurer. Le quadrillage administratif en préfectures, sous préfectures et communes était extrêmement lâche et les seuls visages européens que l'on voyait dans le bled étaient ceux des gendarmes ou des gardes forestiers qui partaient en tournées, à cheval, pour plusieurs jours et étaient, le plus souvent, très bien reçus par les musulmans dont ils s'étaient fait des amis. D'ailleurs ces personnes nous sont actuellement très précieuses pour les connaissances qu'elles ont du terrain et de ses habitants.

 

            De quoi vivaient et vivent les musulmans : Il faut dire que ce pays est très pauvre et peu fertile, la nourriture est constituée par des galettes d'orge ou de blé, quelquefois du couscous, des fruits : figues, oranges, grenades, raisins, olives, des glands et de la viande (chèvre et bœuf).

 

            La situation sanitaire est déplorable par manque de soins et d'hygiène, mais la natalité est débordante. D'une façon générale, masse misérable (elle ne s'en rend d'ailleurs pas bien compte, n'ayant pas connu d'autres modes de vie) d'où émergent des propriétaires terrien cupides. Dans ces montagnes, pas ou peu de colons européens qui se tiennent près des centres, exploitent la vigne, les orangeraies ou les figueraies.

 

            Les populations se déplacent très peu entre les douars à l'exception des jours de marché. D'une façon générale, il existe entre les habitants de ces douars une inimité naturelle assez  poussée et les mariages, par exemple, se contractent à l'intérieur des douars. Il est très rare de voir un habitant d'un douar aller ailleurs, sinon dans les villes où il sera l'objet de la méfiance de tous. Ceci n'est pas général et certains douars ont des relations suivies entre eux, mais il serait ridicule de parler de nation algérienne : le sens national est absolument inexistant, étant donné le nombre de races (Kabyles, Berbères, Arabes….) et surtout les divisions naturelles qui règnent entre douars, tribus et familles.

 

            Un lien pourtant dont on parle beaucoup, c'est la religion musulmane : Ce lien existe, mais dans le secteur en question il est très artificiel. On est musulman parce que tout le monde l'est et que si on ne l'était pas le voisin vous montrerait du doigt. La masse totalement illettrée, ignore la base de sa religion qui se résume aux prières quotidiennes (pas toujours) et au jeûne annuel du Ramadan, assez scrupuleusement suivi, ainsi qu'en l'absence de boissons alcoolisées. De  cette masse émergent quelques "HADJ" lettrés en arabe, qui ont fait le pèlerinage de la Mecque et qui, étant donné leur influence, font souvent partie des "DJEMAAS". L'enseignement de la religion se fait dans les écoles coraniques disséminées dans le bled, où les élèves rabachent sans les comprendre, pendant des années et des années, les versets du Coran.

 

            De tout temps, comme partout le pays recelait  un certain nombre de voyous et de crapules, vivant à part de cette société et qui, possédant des fusils de chasse ou des pistolets, extorquaient leurs terres aux petits propriétaires, volaient, braconnaient, quelque fois tuaient, et constituaient, par les procès verbaux qu'ils provoquaient, l'essentiel du travail des gendarmes. Le moment venu, le F.L.N. leur fut une couverture très pratique pour intensifier leurs activités, l'idéal de leur lutte se résumant, comme de juste, en espèces sonnantes.

 

            Cependant, la marée rebelle n'apparaît qu'assez tard dans cette région puisqu'en 1956, un an après EL HALIA, rien ne s'est encore passé. Une unité de rappelés s'installe et s'empresse d'entasser des barbelés autour des cantonnements au lieu de parcourir le djebel.

 

            Vers juillet 1956, des émissaires H.L.L. parcourent le secteur, se rendent compte de la facilité de la prise en mains des populations et prennent contacts avec les bandits cités plus haut. La population qui vivait dans la tranquillité et ne demandait qu'à y rester, est prise de panique, mais rien de positif n'est fait pour la rassurer; Un jour d'août 1956 une bande de trente H.L.L. s'installe enfin dans la région, portant la terreur des populations à son comble : un homme accusé de contacts fréquents avec les Français est découpé en morceaux, des impôts sont levés pour la première fois et quand une opération militaire est enfin lancée, elle tombe dans le vide. Les rebelles avaient marqué là un point décisif.

 

 

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J'arrive alors en octobre 1956, au début de la prise en main des populations  par les rebelles.

 

            Durant Octobre, Novembre et Décembre, la situation empire sans que nous ne puissions faire grand-chose par suite d'ordres supérieurs freinant à tort ou à raison les activités opérationnelles et surtout à cause de la démobilisation des rappelés et à l'incorporation de nouvelles recrues. A Noël 1956, les rebelles ont le contrôle absolu de toute la population qui n'a plus aucun contact avec nous. Dans chaque douar existe une infrastructure très complète de collecteurs de fonds, secrétaires, commissaires politiques, chefs de guetteurs….. Des réunions fréquentes ont lieu la nuit venue de bandes régulières en uniforme et relativement bien armées. Des sabotages se produisent : coupures de pistes, de poteaux télégraphiques, assassinats, incendies de fermes isolées. Des chaînes de guetteurs placées sur les hauteurs avertissent les rebelles du moindre de nos déplacements : ambiance désastreuses donc, nos agents de renseignement, devant notre inaction, se montrent de moins en moins, surtout quand l'un d'eux, découvert, est assassiné en décembre 1956.

 

            Une anecdote donnera une idée de la situation : le F.L.N. a pu se permettre, le 1er janvier 1957, de présenter ses vœux aux officiers de la Compagnie, par l'intermédiaire d'une feuille de papier griffonnée et placée dans la bouche d'un homme égorgé près du camp militaire, au cours de la nuit.

 

            Comment en 1957, en un peu moins d'un an, la situation a-t-elle pu être retournée aussi complètement, c'est ce que nous allons voir.

 

            On ne combat bien un ennemi que si on le connaît bien : nous nous sommes donc bien pénétrés des méthodes qu'il utilisait et qui ne sont rien d'autre que celles utilisées en Indochine ou tout autre pays où les communistes, de minoritaires, sont devenus majoritaires : il s'agit des méthodes de la guerre révolutionnaire.

 

            Initialement la minorité révolutionnaire est très faible face à un appareil gouvernemental qui apparaît pourvu de bons moyens. Tous les efforts rebelles vont donc tendre à détruire cet appareil gouvernemental pour construire leur propre système : différentes techniques sont simultanément mises en jeu, les unes destructives, les autres constructives.

 

            Dans ces premières techniques, on distingue celles qui visent à la dislocation du système social en place, par des grèves et du terrorisme visant à supprimer les personnes capables, par leur influence, de maintenir l'ordre (élites traditionnelles, médecins, instituteurs). Cette dislocation est renforcée grâce au sabotage et à la guérilla qui ne sont pas tant intéressants par les résultats tactiques obtenus (pertes infligées, armes récupérées), mais plutôt par l'effet moral qui en découle. Il se crée un climat d'insécurité qui oblige l'autorité en place à se recroqueviller autour de certains points défendables, ce qui achève de couper la masse de cette autorité. A tout moment une intense propagande combat les efforts faits pour rétablir l'ordre en les contredisant ou en les ridiculisant. En même temps, les techniques constructives interviennent : la masse amorphe et inerte à l'origine est organisée par la mise en place d'une infrastructure et par la répétition incessante, au cours de réunions, de certains slogans; les thèmes de propagande sont rabâchés jusqu'à ce qu'ils soient bien enregistrés. Si l'on regarde plus loin, on peut dire que les rebelles concentrent les instincts de défoulement de la masse de façon à leur faire atteindre une "masse critique" où ils exploseront et c'est lorsque tout est prêt qu'une révolution de masse chasse l'autorité légale. 

 

            Pour combattre une guerre révolutionnaire, il faut mener une guerre contre révolutionnaire où les moyens psychologiques ont une importance égale aux moyens militaires. Dans le cas présent la conduite à tenir fut définie de la façon suivante :

 


Si ce plan ambitieux a pratiquement réussi c'est que, il faut bien le dire, les rebelles n'ont jamais été aussi bien organisés en nombre et en armement que dans les Aurès, par exemple, quoiqu'ils aient monté quelques embuscades très meurtrières pour nous. Il y eut surtout une mise en commun de tous les moyens et de toutes les bonnes volontés alors que dans de nombreux cas, chacun se tire "dans les pattes" pour se faire attribuer la moindre ombre de succès.

 

            Un travail remarquable est entrepris, grâce à la cohésion et au désintéressement de : 

         -  L'Armée représentée par une compagnie d'infanterie soutenue par le haut Commandement et les services d'Action Psychologiques désirant faire de BREIRA une "expérience pilote"

         -  La Gendarmerie qui disposait, avant notre arrivée, d'un réseau de renseignements.

         -  La S.A.S.  (Section Administrative Spéciale), organisme mi militaire, mi civil, chargé de renforcer le quadrillage administratif trop lâche et possédant certains moyens matériels.

         -  Les autorités civiles (Sous Préfet) qui ont bien voulu abréger des formalités compliquées.

         -  La Direction des mines pour qui, évidemment, PAIX = PRODUCTION, mais dont le directeur parait sincèrement acquis aux réformes nouvelles.

         -  Enfin les civils Européens, pas tous car certains ne paraissent pas bien se rendre compte de la situation.


            Comment les choses se sont passées réellement ?...

 

            Janvier 1957 voit le début de la phase d'action militaire caractérisée par des séries d'opérations qui aboutissent, à la fin de ce mois, sur un renseignement, à un accrochage où est tué entre autre, un commissaire politique important. L'essentiel, dans l'affaire, est que ce commissaire revenait d'une réunion et portait sur lui toutes ses archives dans une musette. Son identité exacte n'a jamais pu être déterminée, il était étranger à la région et se faisait appeler SI HAMID, des lettres personnelles trouvées sur lui nous révélèrent un esprit cultivé.

 

            Du jour au lendemain, nous avions donc sur le papier l'infrastructure complète de tous les responsables statiques mis en place, ainsi que des renseignements précieux sur des bandes régulières. Un plan très complet du sabotage des mines est également découvert. L'exploitation de ces documents ne se fait pas attendre et en vingt quatre heures une trentaine de collecteurs de fonds, secrétaires ou chefs de guetteurs sont arrêtés. La rébellion reçoit donc un rude choc dans le douar. Pourtant, fin janvier, a lieu encore aux mines de BREIRA une grève ordonnée par le F.L.N., grève qui est totale les deux premiers jours. Une opération est alors montée, visant plus à faire une démonstration de force qu'à exercer des représailles. De vastes ratissages permettent de réunir une bonne fraction des ouvriers, qui, interrogés, se déclarent d'ailleurs unanimement malades. On tire devant eux au canon, sur des objectifs désignés à l'avance et l'impression est grande quand on déclare que cette précision peut, tout aussi bien, s'exercer sur leurs gourbis. La reprise du travail est immédiate et les gens commencent à se dire qu'il y a quelque chose de changé.

 

            Puisque la nature du terrain ne permet pas le stationnement prolongé des bandes, notre action consiste à faire des patrouilles continuelles de jour et de nuit, à les empêcher d'approcher, en profitant, nous-mêmes, pour acquérir une bonne connaissance de la région et aussi pour arrêter les suspects exerçant encore une influence de propagande rebelle.

 

            Ainsi, peu à peu, la masse du douar se trouve retirée, incomplètement d'ailleurs, du contact H.L.L. Les postes de guetteurs repérés par nous, se désorganisent. Pourtant, vers fin février, à une dizaine de kilomètres des mines, une embuscade a lieu contre un important convoi militaire : dans cette affaire une trentaine de Français trouvent la mort et toutes leurs armes sont récupérées par les H.L.L. aidés des populations environnantes, dont certaines de notre douar. L'opération militaire subséquente ôte, à ces populations, l'envie de tuer à nouveau des soldats français, d'où un nouveau choc psychologique répercuté dans toute la région.

 

            C'est alors que nous commençons la reprise en mains des populations, par des réunions aux mines de BREIRA où de nombreux discours de propagande sont prononcés, des promesses de distribution de vivres et de vêtements sont faites, à condition que le calme complet revienne. Obligation est faite de coller des tracts rédigés en français et en Arabe sur toutes les portes des gourbis. Ces mêmes tracts sont largués abondamment, au cours de toutes nos sorties, de façon à ce que l'on soit obligé d'en voir au moins un, où que l'on se trouve. Ces tracts étant tricolores, la présence de la France s'impose obligatoirement à l'esprit de tous. Puis, prudemment au début, les réunions de propagande voient des distributions de plus en plus importantes de blé, semoule, café, sucre, chocolat, biscuits, tabliers pour enfants. Le thème selon lequel "les rebelles sont incapables d'en faire autant" est évidemment exploité : l' ambiance se détend, pendant qu'une intense activité opérationnelle se maintient, accrochant aux limites du douar des rebelles qui essaient d'y revenir.

 

            Un évènement décisif vient faciliter les choses : Un commissaire politique rebelle, natif du douar et y ayant une très grande influence se rallie à nous après de nombreux contacts par l'intermédiaire des gosses, ceci vers fin mars 1957; c'est un homme remarquablement intelligent, nommé BELHAI Djelloul, ancien militant C.G.T. ayant quitté ce mouvement après son virage au communisme. Il parle bien le Français et tient le maquis depuis de nombreux mois. Au cours des nombreuses conversations que nous avons avec lui, il semble juger la France non pas sur ce qu'elle a fait en ALGERIE, mais sur ce qu'elle aurait dû y faire. Il critique l'instauration de la sécurité Sociale qui "favorise une natalité déjà débordante". Lui faisant remarquer qu'un régime démocratique avait déjà commencé à exister avec l'Assemblée Algérienne, sa réponse est que ce n'était "qu'une assemblée de porcs ne songeant qu'à s'engraisser". Lui demandant quel était l'idéal des fellaghas, il nous répond "qu'ils se battent parce que le peuple est trop malheureux et qu'ils espèrent un avenir meilleur", mais il reste muet quand nous lui faisons remarquer que c'est peut être ce que veut le rebelle moyen, mais certainement pas ses chefs. Enfin, au sujet des atrocités commises par les H.L.L., il nous dit en avoir discuté avec SI LAKHDARD (chef rebelle chargé du secteur) et ils estiment que ces H.L.L atteignent parfois les "limites de la barbarie".

 

            Evidemment il nous est impossible de tirer le moindre renseignement positif sur l'emplacement des bandes, ainsi que sur leur logistique. Conformément à nos promesses, nous lui faisons aucun mal et il n'est même pas emprisonné : jouant le jeu et 08---Ralliement.jpgséduit par nos idées, sur ce que devait être l'Algérie nouvelle, BELHAI nous sert même de traducteur pour nos discours.

 

            L'impression sur la population est profonde et l'on voit venir à nous plusieurs responsables que nous n'avions pu arrêter jusqu'ici, notamment un nommé BAGDADI Abdelkader, chef des guetteurs du douar (campagne de France, d'Italie, et d'Allemagne dans les tirailleurs, ouvrier spécialisé pendant sept ans chez Renault à  Billancourt). Il se plaint amèrement de toute la différence qu'il a constatée entre l'attitude des Français de Métropole et ceux d'Afrique du Nord : lui demandant ses impressions sur la guerre de 1939 – 1940 il nous jette : "Avec DALADIER comme Président du Conseil et GAMELIN comme Chef d'Etat Major, les Allemands sont entré à STRASBOURG et ne sont arrêtés qu'à MARSEILLE".

 

            Tous ces ralliés sont laissés en liberté, sauf ceux qui ont participé à des embuscades et qui, comme tous d'ailleurs viennent vers nous, sentant le vent tourner.

 

            Durant les mois d'avril – mai, notre action s'amplifie. L'ex commissaire politique s'avère bientôt une personne sincère que nous plaçons comme représentant du douar pour discuter de son avenir. Le service des soins gratuits, installé à cette époque 08---Pacification.jpgd'une façon rudimentaire, connaît de plus en plus de succès, soignant des dizaines de malades chaque jour (à noter l'attirance indicible des musulmans pour les "piqûres", la seringue leur parait être l'instrument magique de la thérapeutique des Français, valable  pour la guérison de tous les maux). Enfin les habitants viennent de plus en plus nombreux nous consulter pour régler leurs difficultés (papiers d'identité, mariage, disputes entre voisins, achat de terrain, etc.….). Toute chose qui réclame une patience infinie au milieu de ce peuple aimant à palabrer et dont les lois, tirées du Coran, se retransmettent oralement.

 

            Le contact était donc bien établi. Nous recrutons de plus une vingtaine de supplétifs, parmi les gens du douar, en principe tous anciens Tirailleurs, revenus dans leurs foyers. Un système de guetteurs, travaillant cette fois pour nous, est mis en place. Nous ne sommes pas dupes et savons bien que ce guetteur qui s'installe cette nuit à son poste, surveillait nos propres déplacements trois mois plutôt.

 

19---Ralliement-3.jpg            Le couronnement de tout ce travail a lieu le 12 juin 1957, jour qui voit un ralliement officiel et massif de tout le douar. Quatre à cinq mille Musulmans sont présents et le préfet d'ORLEANSVILLE ainsi que le Général, Commandant la Zone opérationnelle, viennent assister aux cérémonies. Une infrastructure amie est intronisée, on remet un fusil symbolique au chef des supplétifs, un ancien combattant reçoit une croix de guerre, enfin une école et une infirmerie sont inaugurées. L'Armée offre un couscous à tous les habitants, en leur achetant près d'une tonne de semoule et une quarantaine de moutons.

 

            Les mois de juillet et août sont consacrés à asseoir les nouvelles institutions, à savoir:

 

            La formation d'une Commune Musulmane indépendante est envisagée, ainsi que la construction d'un centre d'habitation près des mines. C'est alors que survient une chose pénible : le grand animateur et coordinateur de cette œuvre, le Capitaine 16---Ralliement.jpgPORTMANN, Officier de l'action psychologique, tombe dans une embuscade et est lâchement assassiné. C'était un homme d'action remarquable qui savait entraîner ses collaborateurs. Intrépide, il se déplaçait souvent seul dans sa voiture pour arriver plus vite sur les lieux de son travail, cette témérité a évidemment été mise à profit par les rebelles.

 

-   Le développement de nos projets marque un temps d'arrêt, ceux-ci redémarrent en Octobre sur les bases suivantes :

 

-   La création de la Commune Musulmane de BREIRA est imminente, les limites en  sont déterminées. Pour certaines fractions un vote est organisé pour demander aux  habitants de fixer leur choix entre la nouvelle commune et celle de FRANCIS GARNIER. Le Maire sera certainement notre ex commissaire politique, la construction d'une Mairie est donc proche.

           -   La construction d'un centre urbain n'est plus également, qu'une question de temps les services  de la reconstruction ayant déjà reconnu les terrains, des contacts ont été pris avec l'E.G.A. pour amener l'électricité.

           -   La construction d'une Ecole neuve "en dur" est commencé, grâce à l'aide de la Direction des Mines et à un crédit de la Préfecture. Cette école aura quatre classes et deux logements d'instituteurs. Signalons que depuis Octobre, fonctionne en plus, une classe de fillettes (les parents ont été très difficiles à convaincre de nous confier leurs petites filles).

           -    La construction d'un centre médico-social moderne est également engagée. Prévu pour loger un médecin civil, il doit posséder un appareil de radioscopie, les crédits sont fournis par la caisse de secours des mines sous la rubrique "hygiène du travail" et par la Préfecture.

                 -   Les emplacements d'une gendarmerie et d'une S.A.S. ont été reconnus sans que rien, sinon les plans, ait été décidé.

                 -   Enfin, la Direction des Mines pense à l'installation d'un Centre Professionnel pour la formation de mineurs compétents.

 

 

 

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

 

 

L'ambiance est donc actuellement très détendue et lorsque nous sortons c'est à qui pourra nous offrir le café ou le thé.

 

Cependant le douar BENI HAOUA constitue un îlot au milieu de certains douars des environs, soumis encore, plus ou moins, aux influences rebelles. Ces trois derniers mois, par exemple, toutes nos opérations ont eu pour théâtre des zones extérieures où les accrochages sont fréquents. Les responsables H.L.L., doivent souffrir de voir la paix maintenue à BREIRA et ils essaient de reprendre des contacts avec les éléments douteux restés en place.

 

Il faut donc plus que jamais rester vigilant et conserver ce qui a été acquit, en essayant de pousser le plus loin possible et d'étendre au maximum le calme……


 

32---Pacification-15.jpgC'est ce que je souhaite à mes camarades que je quitte.

 

 

 


 

 

Décembre 1957.

 

Sous Lieutenant  ANTIKOW.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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15 janvier 2010 5 15 /01 /janvier /2010 17:18

PROMENADE A POINTE ROUGE

 

 

A 23 kilomètres à l'ouest de TENES, sur un promontoire rocheux et à cheval sur la route nationale, se dresse un groupe d'une quinzaine de maisons aux murs blancs et toits de tuiles… POINTE ROUGE.

Raymond-Guittard-a-Pointe-Rouge-copie-1.jpgAussi colorée que son nom l'indique, POINTE ROUGE s'élève face à la mer sur une côte percée de grottes profondes et intensément burinée par l'érosion. Pas de plage, seulement un petit golfe au fond duquel s'allongent trois ou quatre canots de pêche. A sa gauche un douar où se recroquevillent quelques gourbis à l'abri de cactus et bambous. Au-delà de la route nationale on grimpe assez rapidement sur les crêtes où on repère de temps en temps quelques troupeaux épars; à leurs pieds, s'étalent de petits champs réguliers plantés de vigne encore à l'état de bourgeons en cette période de l'année. Perdrix et lapins vous y regardent passer, l'œil étonné mais un peu inquiet. Enfin à quelque cinq cents mètres l'un de l'autre, deux oueds mélancoliques épanchent leurs eaux vers la mer.

A l'entrée du village, le camp "Caporal Chef HY", en mémoire d'un de ses élèves tué en L-entree-du-poste-de-POINTE-ROUGE-1959-G.-VALADE.JPGembuscade, voit défiler ses promotions d'Elèves Sous Officiers de Réserve du 22ème Régiment d'Infanterie. Il en est au 3ème peloton. Nous faisons justement partie de ce dernier. Nous sommes partagés en deux groupes qui alternativement préparent l'examen et assurent l'exécution des corvées nécessaire à la vie du camp. Nous achevons actuellement l'aménagement de ce dernier qui sera bientôt pourvu d'une place d'armes entourée de parterres verdoyants.

La gentillesse des habitants permet, chaque dimanche, à trois ou quatre d'entre nous de Garde-champetre-Agriculteur-et-sa-famille-a-Pointe-Rouge.jpgretrouver à leur table l'ambiance familiale. Chaque dimanche également un tournoi de hand- ball ou de football nous réunit au stade, la population y est invitée et devant un spectacle parfois acharné qui accompagne un pick-up, et devant le bar bien garni, on retrouve l'ambiance des dimanches provinciaux.

Ainsi donc à POINTE ROUGE apparaît comme une petite bourgade tranquille où nous préparons avec ardeur la relève des sous officiers du contingent de notre régiment. Mais cette tranquillité n'est-elle pas le fruit de notre présence, n'est-elle pas l'objet même de notre mission sur le sol d'Afrique.

 

Le Peloton de Sous Officiers de Réserve, groupe les candidats de la totalité du Régiment aux ordres d'un officier, Lieutenant CHRISMANN d'abord, Sous Lieutenant TILLIER ensuite. En même temps qu'il fait son instruction il a également la charge d'un sous quartier opérationnel, ce qui lui permet à l'occasion de se distinguer.

 

 

            E.S.O.R.   LOBIR.

 

Ce document est extrait du DAHRA, journal de liaison du 22ème Régiment d'Infanterie. Il m'a été communiqué par Bernard BLOQUET.

Les photos sont des collections Raymond GUITTARD et Gilbert VALADE

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17 novembre 2009 2 17 /11 /novembre /2009 09:39

IL N'Y AVAIT PAS QUE DES HEROS EN ALGERIE
3ème Partie



…………………………………………………………………………………….MODALITES LIBERATION AUTRES CATEGORIES PERSONNELS DE CETTE FRACTION CONTINGENT SERONT PRECISEES ULTERIEUREMENT  - STOP - …………………………………………………

 

Il s’agissait bien de mon contingent, mais je n’étais arrivé qu’en février 58, il va bien falloir que j’attende un peu. Pas très longtemps en vérité car c’est le 20 AVRIL à 12 heures 30 que nous embarquions sur le VILLE de MARSEILLE.

Ce petit délai me permit d’aller faire un petit tour à HYDRA au PC de la 10ème DP. Je fus reçu comme un prince le Capitaine HEUX me fit visiter le site et m’invita à déjeuner.

Voilà c’est terminé, je crois avoir tout raconté. Pendant ces 28 mois j’ai mis à profit les conseils que m’avaient donnés Claude BOUYER, le directeur technique des VINS KIRAVI. Il m’avait dit : « Ne pars pas à reculons, ce service il faut le faire et tu auras forcément quelque chose à apprendre ». Et bien OUI, j’ai appris, j’ai beaucoup appris et ce que j’ai appris ça m’a fait grandir.

Cette guerre s’est mal finie. Il n’ y a pas eu de victoire. Les Régiments n’ont pas défilé à ALGER sous les acclamations d’une foule unanime, nos héros sont rentrés maussades, et lorsqu’ils disent d’un combat « nous y étions », il n’y a pas d’écho……………………..

Chaque génération de militaires, chaque guerre a son vocabulaire, je vais essayer de rappeler quelques mots ou expressions les plus utilisés pendant cette période 1956-1962.

- paras – accrochage – ça accroche – on décroche – ratissage – bouclage   fellouze – rebelles – HLL – fellaghas – FLN – prisonniers -  maintien de l’ordre – forces de l’ordre – raid – ventilateur – hélico – poêle à frire – thalweg – opération – opérationnel – BRQ – RCP – RCC –RIMA – RAMA etc… commando – les unités – embuscade – convoi – escorte – tenue camouflée – paras - pataugas – pacification – ralliement – médailles – l’interrogatoire – le renseignement – gégène – les grottes – les mechtas – djebel – oued – propagande – action psychologique – loi-cadre – Ca été un beans ! – Y a qu’à – pas de problème – coup de pot – coup de manque de pot – piton – BMC – ralliement – désertion – SAS – pied noir – barricades – PC - ordre général  N° - 

 

Que sont-ils devenus ? Je suis allé à la pêche sur internet et au Service Historique de la défense

Général de Division GRACIEUX : né le 16 juillet 1908 à REALMONT (TARN)

                                   Décédé le 23 Avril 1974 à l’hôpital de la Salpêtrière

                                    Service funèbre à Saint Louis des Invalides le 27 Avril

                                   Grand Officier de la Légion d’Honneur

De février 1959 à fin janvier 1960, à la suite du général Massu, il commande la 10ème division parachutiste. Au moment de l’affaire des Barricades, du 25 janvier au 1er février 1960, il est commandant de la zone Alger-Sahel. Inspecteur des troupes aéroportées en  avril 1960, il est promu général de division en avril 1961, juste avant d’être mis en disponibilité, en mai 1961, en raison de ses sympathies pour la cause de l’Algérie Française, puis placé en 2ème section en 1963. Il assure alors, comme bénévole, le secrétariat général de la Chambre syndicale de la mécanique de haute précision (c’est au siège de la Chambre, Avenue de Breteuil, que je l’ai rencontré pour la dernière fois en 1966 avant mon installation à MACON). Le 20 juin 1965, il succède au colonel Trinquier comme président de l’Union Nationale des Parachutistes où il est secondé par les colonels Buchoud et Trinquier, par le commandant Cabiro, vice-présidents, et par Jean Rosier,  secrétaire général. Il s’occupe particulièrement du reclassement professionnel des officiers « dégagés » des cadres ou condamnés à la suite des événements d’Algérie. (extrait du site www.salan.asso.fr)

Capitaine HEUX : né le 16 Novembre 1928 à ROUEN

                             Décédé en 1995

                            Général de Brigade le 1er Août 1984

                            Commandeur de la Légion d’Honneur

Il fut après les capitaines CORNILL et HENTIC l’un des protagonistes de l’Affaire KOBUS (BELHADJ DJILLALI A.E.K. BEN MOHAMED) à partir du 28 mars 1957 jusqu’en avril 58 (assassinat de KOBUS). Pierre HEUX fut blessé au cours d’un accrochage le 22 sept.1957.

 

 

Après la 9ème DI il sert comme aide de camp du général GRACIEUX Commandant de la 10ème DP

Aout 1960 – bureau Etudes-Liaisons  puis 3ème bureau à l’EM du Commandant en chef des Forces en Algérie

Octobre 1961 – 11ème bataillon parachutiste de choc ‘adjoint au Chef de Corps)

Novembre 1963 – Ecole d’Application de l’ABC (stagiaire puis rédacteur)

Octobre 1966 – 13ème régiment de Dragons Parachutistes

Juillet 1969 – Etat-major des Armées

Juillet 1973 à Août 1975 – Officier instructeur à FORT-KNOX (USA)

Septembre 1975 – Commandant du 13è Dragons Para

Septembre 1977 – Sous Chef puis Chef d’Etat-Major de la 4ème Division Blindée et 61ème Division militaire territoriale

Septembre 1980 – Chef du secteur Monde Soviétique au Secrétariat Général de la DN

Septembre 1982 – Adjoint du général Commandant le 1er Corps d’Armée et la 6ème RM –

Après ?????????????????

 

Colonel CECCALDI

Né le 4 janvier 1913 à CHAMBERET – (CORREZE)

Compagnon de la Libération – Grand Officier de la Légion d’Honneur

Héros de la guerre 39/45 son seul canon de 75 lui vaudra le surnom « d’Artilleur de KOUFRA – Son nom figure dans l’historique de 4 régiments , de la Croix de la Libération ainsi que sur un canon de 155 au 3ème RAMA. Après la 9ème DI il sert comme adjoint du Général GRACIEUX à la 10ème DP c’est à ce titre qu’il prit une part active aux « journées des Barricades » en janvier 1960. Il assura l’intérim de la Division en mai 1960 – Après, je pense qu’il demanda sa mise en disponibilité ! Décédé le 23 JUIN 2007 à TOULON

 

 

 

 

 

 

Colonel MOREL

Né le 6 décembre 1908 à Granges sur Vologne (VOSGES)

Décédé le 9 Mai 1974 à Granges sur Vologne – Inhumé à Puyloubier (13)

Compagnon de la libération – Grand Officier de la Légion d’Honneur

Lui aussi c’est une « pointure » ! Il termine la guerre de 39/45 avec 6 blessures et 6 citations – (Alger en 39 – Narvik - Angleterre – Dakar – Keren – Palestine – Bir Hakeim – El Alamein – Tunisie – Italie – Indochine puis Algérie) –

Il commanda la 13ème Demi-Brigade de la Légion Etrangère en avril 1949

Après ORLEANSVILLE il est nommé en 1960 Inspecteur de la Légion Etrangère et reçoit deux étoiles – 1962/1964 – Adjoint au général commandant la 3ème division en Allemagne – 1964/1966 – Commandant de la subdivision des Alpes Maritimes et 3ème étoile – 1966/1968 – Commandant de la 64ème Division Militaire à DIJON

 

Colonel GOIRAN - Officier de la Légion d’Honneur – Croix de guerre 39/45

Né le 12 Octobre 1903 à NICE - Décédé le 4 Août 1986 à NICE

MAROC – puis longues affectations dans différents états-majors – Allemagne – INDOCHINE – ALGÉRIE – Termine sa carrière avec le grade de Colonel à l’Etat-Major du Groupe de Subdivision de CHAMBERY désigné pour l’encadrement des cadres effectuant un stage d’information en ALGÉRIE ;

Il fut chargé de l’organisation matérielle des Nuits de l’Armée en 1953

 

Colonel LE PORZ – Grand Officier de la Légion d’Honneur – 6 citations – 1 blessure en 1940 et 1944 -  CCV 39/45

AOF – CHINE – MAROC – INDOCHINE - TONKIN – ALGÉRIE – REGION SAHARIENNES –

Termine Sa carrière avec le grade de Général de Division – Conseiller pour l’Outre Mer auprès du Général CEM de l’Armée de terre      


                                          ANNEXES     


    










       Départ du Général GRACIEUX.
    Brouillon de l'Ordre Général n°7 rédigé par le Capitaine HEUX



    Départ du Général GRACIEUX
    "Pelure" originale signée par le Général.




     Préfecture d' ORLEANSVILLE.


    Michel  BRUN.
    michelgamay@orange.fr

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16 novembre 2009 1 16 /11 /novembre /2009 21:49

IL N’Y AVAIT PAS QUE DES HEROS EN ALGERIE
2ème Partie

 

                                                                                                                              Nous nous sommes sentis comme des orphelins abandonnés ! Pressentant se préparer un grand moment, je rageais de me sentir coincer dans un milieu hostile que je connaissais mal. C’est ce jour là que le général SALAN au cours de son intervention sur le balcon du Gouvernement Général (GG) lança un « Vive de Gaulle » ovationné par la foule agglutinée  sur le forum. J’ai cru comprendre au cours du voyage retour que ce « Vive de gaulle » lui fut imposé par DELBECQUE et de SERIGNY contre l’avis de Madame SALAN qui tirait son général de mari par un bras en criant « Non Raoul n’y va pas, Non Raoul n’y va pas » mais les deux autres étaient plus costauds et Raoul y est allé ! Je n’ai jamais lu dans un des nombreux bouquins rangés dans ma bibliothèque cette version.

Nous revenions à Orléansville avec dans la serviette du général sa nomination aux fonctions de Commandant Civil et Militaire de la Zone Ouest de l’Algérois.

A peine étions nous arrivés en fin de soirée que « la miss » fut sortie de sa torpeur pour taper une lettre au Préfet Chevrier lui signifiant sa mise à disposition au général SALAN à ALGER. (j’ai malheureusement égaré ce courrier que j’avais gardé pendant de longues années) – Ce n’est que le lendemain que je fus chargé de remettre en main propre le pli au Préfet. Lorsque j’arrivais à la Préfecture le 17 Mai sur le tansad de la moto de Loulou LERAY le Général était en train d'haranguer la foule pour calmer les esprits surchauffés par la présence des CRS en grande tenue de « manif ».

«J'ai reçu du Général SALAN les pouvoirs civils et militaires pour le maintien de l'ordre. Je vous demande de me faire confiance et de m'obéir. En ce qui concerne Monsieur le Préfet, il va demain à ALGER se mettre à la disposition du Général SALAN. »

 

 

Les manifestants furent satisfaits et pour bien marquer leur approbation ils s'emparèrent de GRACIEUX pour le déposer sur des épaules solides : il était hilare. Je profitais de ce moment pour pénétrer dans le hall de la préfecture sous la protection des Colonels MOREL et Le PORZ qui connaissaient l’objet de ma présence. Il fallut que j'escalade des chaises et des meubles passablement esquintés qui jonchaient le sol. Un commandant qui me reconnut m'aida à franchir quelques barrages de CRS qui était là pour protéger leur patron. Enfin je pus accéder au bureau du Préfet CHEVRIER. C'était l'affolement, les autorités civiles présentes étaient vertes et le représentant de l'état très en colère, il cherchait son Chef de Cabinet et son épouse. Dès qu'il m'a vu il s'est précipité sur moi et m'a arraché des mains la précieuse correspondance. Je me suis tourné vers mon cicérone pour qu'il me signe un document pour me décharger, mais au lieu de se dépêcher il prenait tout son temps, il cherchait un stylo, ce qui permis au Préfet de lire le courrier. Quel sale temps ! J'ai cru qu'il allait tout casser. Il hurlait en me regardant comme si j'étais responsable de la situation, en clair, il m’engueulait ! Je n'en menais pas large et il criait tellement que je ne comprenais rien à ses vociférations, je n'avais qu'une idée en tête : me sauver. Ce que je fis à toute allure dès que j'eus récupéré la décharge. Lorsque mon motard Loulou me vit arriver il me demanda si j'allais bien, il paraît que j'étais plutôt pâlot. Mes mains et mes jambes étaient atteintes d'un tremblement qui dura jusqu'à notre retour au bureau. Il y eut ensuite des échanges de courriers désagréables !! (voir en annexe)

Convoqué par le général Salan auquel ont été confiés par le gouvernement Pflimlin les pouvoirs civils et militaires pour le maintien de l’ordre en Algérie, Raymond Chevrier se rend à Alger le 18 mai 1958. Avant d’avoir été reçu par le général Salan, il est arrêté, conduit au P.C. du secteur d’Alger Sahel et mis au secret. Il est assigné à résidence à Aïn Taya, sur la côte algéroise, à une vingtaine de kilomètres d’Alger. Le 3 juin, Raymond Chevrier, toujours assigné à résidence, écrit au général Salan une lettre de quatre pages dans laquelle il justifie ses prises de position et demande au général Salan de lui permettre de rejoindre la métropole.

Dans le rapport du 9 juin 1958 au général de Gaulle, président du Conseil, le général Salan justifie la mesure prise à l’égard de Raymond Chevrier en ces termes : « Attitude rigide et maladroite ne reconnaissant pas la délégation de pouvoirs donnés au général Salan. Attitude maladroite vis à vis des Comités de Salut Public, refusant tout contact et ordonnant aux sous-préfets de ne pas les recevoir », avec comme commentaire : « A été dirigé sur la métropole, remis à la disposition du ministre de l’Intérieur. A été remplacé provisoirement par le général Gracieux qui a délégué à M. Rouaze, secrétaire général de la Préfecture, les pouvoirs nécessaires à l’administration du département. » (extraits du site « les amis du général salan »)

Préfet de l’Allier en 1959, il est placé en position hors cadre en 1963 et en congé spécial en 1964 ; il est à la retraite en 1969. De 1966 à sa mort, en 1976, il est administrateur ou directeur de diverses sociétés financières, immobilières ou d’économie mixte. Raymond Chevrier est l’auteur de plusieurs ouvrages 

Le 27 Mai le Président du Conseil Pierre PFIMLIN démissionnait.

A la fin du mois, le 28 ou le 29 le moral dans l’entourage de GRACIEUX n’était pas au beau fixe. Un de ses meilleurs amis le lieutenant-colonel JEANPIERRE, patron du 1er Régiment étranger parachutiste, s’était fait tué dans un hélicoptère par le FLN alors qu’il survolait une opération dans le Djebel MERMERA (CONSTANTINOIS). J’appris qu’il avait été blessé dans la casbah pendant la bataille d’Alger en 1957. Il avait succédé au colonel BROTHIER  au 1er REP et c’est ce dernier qui prit les rênes du régiment en catastrophe pour le remplacer.

 

Au cours des mois de Mai et Juin 58 une autre activité vint enrichir mon emploi du temps. Nous étions envahis par des journalistes. Après leur entretien avec les patrons  je devais les balader dans un rayon d’une cinquantaine de kilomètres autour d’Orléansville. J’aimais bien cette occupation, elle me permettait de prendre l’air et de découvrir des endroits que je ne connaissais pas. J’utilisais une voiture du cabinet ou bien la Panhard aux deux bleus de HEUX dont les pneus étaient en très mauvais état. Et, un jour alors que mon passager (Paris-Match) était pressé, ce fut le pneu arrière droit qui rendit l’âme, j’envisageais d’aller chercher du « secours » dans un poste situé à 200 mètres mais j’étais tombé sur un as du démontage car en moins de temps qu’il faut pour le dire la roue de secours avait remplacé la roue défaillante. Il n’était pas très content de s’être sali les mains !

Il ne se passait pas une semaine sans que nous ayons des visites importantes et à chaque fois c’était le branle bas de combat dans l’Etat-major et à la popotte. Nous eûmes le Général Paul ELY Chef d’Etat-major des Forces Armées, cette visite me laissa un mauvais souvenir. Je venais d’acheter le fameux appareil Focca-Sport II, en vente dans toutes les casernes, et GRACIEUX me demanda de faire des photos de l’illustre personnage pendant sa tournée. Hélas j’étais un photographe débutant et il n’y en eut que deux ou trois d’acceptables, j’étais très vexé. Heureusement il y avait un photographe professionnel dans le sillage du visiteur.

Nous eûmes les visites de SALAN, ALLARD ,MASSU, Robert BURON  Ministre des Travaux publics, des Transports et du Tourisme qui était venu inaugurer la piste « Lamartine-Mechta Bel-Has » (47 kms) en Août 58, ( il était rentré tellement crotté à Orléansville que je fus chargé de lui trouver un pantalon de rechange !) et puis Georges BIDAULT qui avait été pressenti par le Président COTY pour succéder à Félix GAILLARD mais son parti, le MRP, ne lui ayant pas accordé son soutien, il apporta le sien au général de GAULLE. Ce qu’il regretta plus tard ! Le Commandant MAHDI du Comité de Salut Public d’Alger vint également nous visiter.

Le 22 Juin le Colonel GOIRAN m’annonça que le général avait nommé le Colonel LE PORZ Directeur du cabinet civil à la Préfecture, il avait aussi été désigné Président du Comité de Salut Public Départemental, charge qu’il partageait avec le bachaga BOUALEM. Un mois plus tard ce fut mon tour d’être installé dans un bureau de la « Préf ». C’est ainsi que je me retrouvais au service de la réforme agraire. J’étais devenu fonctionnaire ! Horaire : 7 heures, midi – 16 heures, 18 heures30. Mon travail consistait a comptabiliser les veaux, les vaches, les cochons, les friches ( !!!!), les orangeraies, les champs de céréales, enfin tout ce qui ressemble à de l’agriculture. Le personnel était sympa et m’avait adopté assez vite. Toutefois personne n’était dupe et je sais qu’on me surnommait «Mata Hari ». C’était un peu, très vrai, car je devais passer le soir chez le Colonel GOIRAN pour lui brosser le portrait du moral et l’état d’esprit des civils que je côtoyais dans la journée.  Cette aventure préfectorale ne dura que trois semaines et je fus bien content de retrouver mon bureau au PC.

 

Dans la continuité du bouillonnement de Mai et Juin, le 14 juillet 1958 fut grandiose. Le matin visite chez les paras du Commando GUILLAUME à MOUAFEKIA, l’aérodrome d’ ORLEANSVILLE. J.GRACIEUX ne put résister au plaisir de se payer un petit saut en parachute qu’il effectua avec le Commandant CHAUME, un béret vert de la 11ème demi-brigade de parachutiste de choc. Succès assuré ! Une ovation salua l’arrivée sur le plancher des vaches des deux « vétérans » heureux comme des gosses. A midi nous fûmes une demi-douzaine à être invités à déjeuner au mess dans une petite pièce contiguë à la cuisine où officiait une brigade de cuisiniers experts ! Les « patrons » se réconfortaient avec le même menu dans une autre pièce. Lorsque nous sortîmes au grand jour nous avions un peu chaud aux oreilles, le « Mascara » blanc et rouge avait laissé des traces. Avant le défilé de 16 heures une petite sieste s’imposait !

Après avoir salué les troupes qui transpiraient à grosse gouttes sous les casques lourds, GRACIEUX imagina une ballade en voitures dans la ville et les faubourgs. Il ouvrait le convoi au volant de la 403 toutes étoiles dehors avec à son bord les colonels LE PORZ et MOREL ainsi que le chauffeur PIATIER confortablement installé à l’arrière, suivait la 203 de GOIRAN avec le Capitaine de LESTANG et le 2ème classe BRUN ( !) placé à côté du chauffeur FOURNIER, et enfin la voiture du Colonel CECCALDI devenu Chef d’Etat-Major avec je ne sais plus qui. Le cortège escorté par des motards traversa l’agglomération sous les vivats et les bravos d’une foule mêlée de pieds noirs et d’algériens (FSNA – Français de souche nord-africaine, comme on disait à l’époque dans les rapports). J’étais heureux et je profitais pleinement de l’instant. Le jeune banlieusard découvrait un monde et c’est peut être ce moment qui lui donna des idées plus tard !

Le soir avec mon copain PIATIER nous rejoignîmes les paras du commando GUILLAUME au bal où nous avons plus bu que danser. Pour rentrer sous le coup de deux heures du matin il fallut ruser pour échapper à la vigilance de la Police Militaire.

Pour un beau 14 Juillet, ce fut un beau 14 juillet !

 

Au début du mois d’août une bonne nouvelle arrivait dans les casernes : la solde des ADL (maintenus au-delà de la durée légale) allait être augmentée avec un effet rétroactif à partir du 1er Mai. Cela concernait le personnel maintenu sous les drapeaux au-delà de 24 mois. 13.000 francs soit 198 euros en pouvoir d’achat 2005  pour les 2ème classe et 45.000 francs soit 688 euros pour les sergents. Je n’étais pas concerné avec mes 19 petits mois, je ne savais pas qu’il me restait 9 mois à tirer. Autre mesure, les régiments opérationnels toucheront une prime de bivouac et enfin les permissionnaires seront transportés gratuitement jusqu’à leur destination. De Gaulle Président du Conseil depuis le 1er Juin soignait sa popularité !

 

Le mois de septembre fut principalement consacré à l’organisation du référendum sur l’adoption de la constitution qui eut lieu le 28. C’est à nouveau l’effervescence avec les visites de journalistes français et étrangers ainsi que des hommes politiques (G.BIDAULT encore lui, et bien d’autres). Le jour venu, le capitaine HEUX étant à ALGER m’avait installé dans son bureau et je n’en finissais pas d’introduire chez GRACIEUX, le Maire, le Président de la délégation spéciale ou bien le Président du Comité de Salut Public. Les officiers de l’état-major et d’ailleurs étaient mobilisés pour tenter de faire respecter l’ordre à l’entrée des bureaux de vote. Tout le monde voulait voter ! Au moment de passer devant l’urne les préposés au bureau s’apercevaient que beaucoup n’étaient pas inscrits sur les listes. En effet au moment des inscriptions le FLN avait tellement apeuré les populations que celles-ci n’avaient pas osées faire la démarche nécessaire. Mais le jour du scrutin les militaires avaient mis le paquet pour assurer la protection, ce qui avait considérablement encouragé les arabes à voter. La loi prévoyait que les retardataires pouvaient se faire inscrire sur décision du juge de paix de la ville. Ca marchait assez bien dans beaucoup d’endroits, manque de pot celui d’ORLEANSVILLE était plutôt réfractaire à cette mesure, il a fallu que la Délégation Générale du Gouvernement lui en donne l’ordre ! L’heure de clôture du scrutin et celui du couvre-feu furent repoussés mais beaucoup furent découragés par la longueur des files d’attente et rentrèrent à la maison.

Les « OUI » obtinrent un score à la soviétique : 98,4% ! L’ensemble du peuple français vota « OUI » à 85,14% et la métropole à 79,25% - seule la Guinée vota « NON »

 

C’est la visite de de GAULLE qui m’a laissé le souvenir le plus précis. Cela se passait le 2 octobre, la veille du fameux discours de CONSTANTINE qui détaillait le plan de développement de l’Algérie dit « PLAN DE CONSTANTINE », il était Président du Conseil depuis le 1er Juin. Tout le gratin du département était arrivé la veille dans l’espoir de l’approcher, de lui parler. Certes il y eut un meeting grandiose mais le moment le plus important, le plus confidentiel, se tint au mess des officiers. Il y avait le ministre des armées, Pierre GUILLAUMAT, le secrétaire général aux affaires algériennes, René BROUILLET, le général MARTIN, chef d’Etat-major particulier de de GAULLE, le général SALAN et son chef d’ Etat-major le Général DULAC (c’était lui que SALAN envoya à la Boisserie le 29 mai pour rendre compte de la situation en ALGERIE), le Général ALLARD, le Général MASSU,  le fameux colonel  BONNEVAL aide de camp, les 6 colonels, commandants de secteurs et les 6 sous-préfets (il n’y avait pas de préfet, il avait été viré en mai) et puis bien sûr les officiers de l’état-major de GRACIEUX et enfin un auditeur qui n’était pas invité mais qui avait réussi à se faire tout petit et se planquait derrière une plante verte ,  le secrétaire de 2ème classe Michel BRUN. C’est Jean GRACIEUX qui ouvrit le bal en exposant la situation dans la ZONE . Apparemment de GAULLE ne prêtait pas vraiment attention à l’exposé de mon patron, il était plus intéressé par les pales du ventilateur qui tournait au dessus de sa tête. BONNEVAL pensa qu’il était gêné par le souffle et faisait des grands gestes pour qu’on arrête le ventilo. Manque de pot l’interrupteur était justement à côté de moi et il fallut bien que je me révèle pour arrêter l’engin. Mais, pas du tout, le grand homme voulait de l’air au contraire et il fit signe, l’air courroucé, à BONNEVAL de remettre le ventilateur en marche ! Ce que je fis prestement !!! Ce fut une scène grotesque et j’eus l’impression que tout le monde me regardait ce qui était faux, car HEUX reconnu plus tard, qu’il n’avait pas remarqué ma présence en me traitant d’espion !

GRACIEUX, qui n’était pas vraiment un orateur, finit tant bien que mal son speech et le tour des questions arriva. A la 3ème ou 4ème interrogation l’homme dont j’étais si fier perdit un peu les pédales et là j’assistais à une scène irréelle.

SALAN, ALLARD, et MASSU voulurent venir à l’aide de leur ami mais ils parlaient tous les trois à la fois et c’était incompréhensible. Alors, de GAULLE fit un signe de la main un tantinet dédaigneux accompagné d’un « pschitt » autoritaire à SALAN puis à MASSU pour qu’ils se taisent et de l’autre main se tournant vers ALLARD il lui dit : « ALLARD, je vous écoute ». J’étais choqué par ce manque de courtoisie, de respect. Enfin, de GAULLE c’était de GAULLE !!!

Dès que tout fut terminé ce fut la ruée vers le buffet et surtout vers les boissons. Chacun espérait être présenté au « grand homme » mais l’instant de récréation fut court car il fallait se diriger vers la grande place d’Orléansville où une foule énorme attendait, « bercée » par de la musique militaire et l’air du film « le pont de la rivière kwaï », devant une estrade montée très haut afin que le général fut vu de tout le monde.

 

Son apparition provoqua un indescriptible mouvement de foule accompagné d’innombrable « Vive de Gaulle ». Le discours ne fut pas très long et il se termina par de vibrants « vive l’Algérie française » « vive la France ». Trois ans plus tard les algérois sur leurs barricades avaient compris à leur tour que ce n’était plus à l’ordre du jour. La place se vida comme par enchantement, les camions remplis de braves paysans braillards reprirent la route de TENES, CHERCHELL, DUPERRE , TENIET EL HAAD et MILIANA –

Les hélicoptères et un DC3, riches de leurs précieuses cargaisons de galonnés, d’étoilés et de journalistes disparurent très vite derrière les montagnes et la ville retrouva son calme. Quelques « traignaux », comme on dit en beaujolais, se retrouvèrent au mess pour siroter quelques bières bien méritées. Il n’y eut aucune allusion à la prestation moyenne de Jean GRACIEUX, mais il avait sa mine des mauvais jours, il était renfrogné et ne portait qu’un intérêt moyen aux conversations animées tenues autour de lui.

 

Courant Octobre les militaires ne sont pas mécontents « d’être démissionnés » des Comités de Salut Public. Ce n’était pas leur job et ils n’étaient pas vraiment à l’aise dans le milieu de civils qui ne pensaient qu’à leur futur statut de député. Dans le département de véritables personnalités surent tirer leur épingle du jeu. Il y en avait surtout deux qui se détachaient du lot : le bachaga BOUALEM et Etienne ARNULF de DUPERRE né à FLATTERS (entre ORLEANSVILLE et TENES) le 11 mars 1920, décédé en métropole la 4 juillet 1973

 

BOUALEM Benaïssa Saïd : Bâchaga

Né 2 octobre 1906 à Souk-Ahras(Bône) ancien officier d'active  (capitaine ), ancien caïd des services civils : Bâchaga. Il est le prototype des Chefs traditionnels sur lequel se basait la pacification de l'Algérie, depuis 1830
Soldat, Officier, il participe à la campagne de 39/40 puis est nommé Caïd, puis Bachaga dans le fief des Beni Boudouane, dans les montagnes de l' Ouarsenis, auprès d'un minuscule centre nommé
Lamartine, dont il était le maire.

Le premier a avoir organisé une harka de supplétifs musulmans dans les Beni-Boudiane pour défendre le territoire (Orléanvillois) pour lutter contre le F.L.N. qui essayait d'étendre la rebellion (dont le succès est nul)
21.07.1956 : son frère est assassiné par le F.L.N
28.11.1958 : un de ses fils est assassiné
26.10.1958 : il obtient le ralliement des Beni Felkai, près de chez lui
30.11.1958 Elu député gaulliste (U.N.R) d'
Orléansville.
08.12.1958 : Il est élu Vice-Président de l'Assemblée, poste qu'il occupe avec panache, toujours en costume traditionnel
23.04.1959 : Réélu maire de Lamartine. 20.091959 : quitte l'U.N.R (Gaulliste) et rejoint le groupe unité de la République animé par Soustelle.
10.04.1960 : un autre de ses fils, un de ses gendres ont été assassinés.

Commandeur de la légion d'Honneur, croix de guerre 39-45(3 citations), croix de la valeur militaire (2 citations), croix du combattant, officier du Nichan Iftikhar, etc.., vice-président de l'assemblée nationale a dirigé les débats jusqu'au dernier moment, jusqu'à ce que les députés d'Algérie soient destitués de leurs mandats après le référendum gaullien.(extrait de geneawiki)

Je les ai bien connus tous les deux et ils me firent le plaisir de m’inviter au restaurant de l’Assemblée Nationale qui se tenait à l’époque rue Aristide Briand, petite rue qui va de la Place du Palais Bourbon à la Seine, l’immeuble de la rue de l’Université n’était pas encore construit. Au menu il y avait un superbe couscous. Le premier de ses fils assassiné était ABDELKADER, grand copain    de DORCHNER, j’ai donc eu plusieurs fois l’occasion d’aller à LAMARTINE et d’y boire le thé servi par le Bachaga, les femmes ne devaient pas apparaître. Devant son père ABDELKADER buvait du thé, mais nous trinquions avec des canettes de bière, lorsque l’ancien n’était pas dans les parages !

 

 

Fin Octobre , en discutant avec le colonel GOIRAN, il me fit remarquer qu’il lui semblait que j’accusais physiquement le coup après les mois mouvementés que nous venions de vivre, j’avais effectivement beaucoup maigri, il suggéra une permission en Métropole. Je lui rappelais que je n’étais en AFN que depuis début mars et que je ne pouvais prétendre à une perm’ de 8 jours. Il prit l’engagement d’établir une ‘vraie-fausse » permission, à moi de me débrouiller pour le transport. Facile ! Mon copain MENU toujours présent au bureau des transports au Corps d’Armée m’envoya un titre de transport AGER-ORLY aller-retour moyennant la somme de 7500 francs soit en valeur 2005, 108 euros. J’avais les sous, tout fut réglé rapidement, je m’envolais à bord d’un DC 4 Super Constellation (SUPER G)  le 8 novembre. C’était mon premier voyage en avion, j’ai ainsi pu passer mon 22ème anniversaire à la maison. Je n’avais pas prévenu mes parents et se sont nos amis TRIQUET qui vinrent me chercher à ORLY. Le retour s’effectua dans un modeste DC 4 au milieu d’un orage mémorable. Décidément j’étais marqué par le destin pour traverser la grande bleue au milieu des éléments déchaînés ! Ce petit séjour chez mes parents me requinqua et c’est avec plaisir que j’avais retrouvé la cuisine familiale et…………..mon lit !

 

A mon retour à ORLEANSVILLE, Madame GUILLE me réserva un accueil triomphal, c’était le retour de l’enfant prodigue ! Ce n’était qu’une occasion de plus pour faire la fête !!!

C’est à ce moment qu’elle nous appris son mariage et qu’elle était maintenant Comtesse de SAILLY ! Nous étions tous un peu déconcertés d’autant que l’évènement avait eu lieu en juillet. Le secret avait été bien gardé et nous en voulions un peu à ce Monsieur de SAILLY qui allait certainement nous priver de la présence de notre idole ! J’ai eu l’occasion de le rencontrer une fois, il ressemblait étrangement au capitaine HEUX. Cette union restera pour moi un mystère que je n’ai jamais cherché à percer. En janvier 1960 je recevais une lettre qu’elle signait « Simone de Sailly », elle me faisait part de sa lassitude vis-à-vis d’un métier qu’elle n’aimait plus, elle vivait à ALGER en spectatrice et se reposait. La conclusion de sa lettre en ajoutait un peu plus au mystère de son mariage. « Si Dieu le veut, après un repos, pendant lequel je n’écris pas mes mémoires, j’essaierai de recommencer quelque chose de neuf, de pur, de bien avec Pierre H.HEUX. » C’est ce qu’elle fit.

Lorsque nous devions passer une nuit à ALGER nous déposions le général Rue Meissonnier et nous trouvions l’hospitalité à l’antenne des Troupes Aéroportées du Général GILLES : on ne dormait pas beaucoup !

 

C’était l’époque des « Hula-hoop » qui tournaient autour des tailles, la championne incontestable était notre assistante sociale préférée ! Elle en faisait tourner trois à la fois. Le plus imaginatif ( !) était Jean GRACIEUX qui le faisait tourner autour de son cou au grand désespoir du sévère Colonel LE PORZ qui préférait tourner la tête pour ne pas voir son patron faire le clown !

J’étais privé d’exercice car un méchant kyste qui s’était installé sur le coup de pied droit avait dû être éliminé à coup de bistouri le 22 décembre. Ce fut fait en catimini par un jeune chirurgien, copain de HEUX, car j’étais trop prêt de la quille, (on croyait mais elle ne fut là que trois mois et demi après !) j’aurais dû attendre ma libération pour être opéré dans le civil. Ben oui quoi, ça fait des frais !!! Ce fut un secret de polichinelle car bientôt tout le cabinet savait que j’étais planqué dans une chambre de la popote du Général. Toute la journée c’était un véritable défilé de galonnés ou de copains qui venaient prendre de mes nouvelles, on me gavait de Makrout aux amandes, de cornes de gazelles, de baklaoua ou autres délicieuses pâtisseries algériennes. Au bout de quelques jours il fallut retirer les fils, cela se passa dans une salle de soin où attendait un gars sur un billard. Il était salement touché, son mollet avait été emporté par une décharge de chevrotines. Il plaisantait, il n’arrêtait pas de parler et au lieu de regarder le scialytique au dessus de ma tête j’ai voulu regarder son mollet qu’un infirmier préparait pour être opéré et……….je suis tombé dans les pommes. J’ai été réveillé à coups de paires de claques généreusement distribuées par un infirmier malabar. J’ai été copieusement mis en boite, le blessé était mort de rire : « t’en fais pas, c’est rien, je vais être rapatrié et pour moi la galère n’aura duré que 6 mois !!! ». Oui c’est vrai il a été rapatrié mais dans quel état !

C’est à la fin décembre que nous avons eu droit à un mini tremblement de terre, c’était un Dimanche matin, il n’y eut aucun dégât, nous n’avons ressenti qu’une grande trouille. On m’a rapporté que le curé qui était en pleine messe adjurait ses ouailles de ne pas partir, ils étaient dans la maison de Dieu donc….ils ne risquaient rien.

 

Début janvier 1959, la mauvaise nouvelle arriva. Le Général MASSU avait quitté le commandement de la 10ème DP et était devenu Commandant du Corps d’Armée d’ALGER en décembre 58. C’est Jean GRACIEUX qui prenait le Commandement de la 10ème DP à partir du 1er Février. Il emmenait dans ses bagages HEUX, CECCALDI et deux ou trois autres officiers de la 9ème DI. Je devais faire partie du « convoi » avec Loulou LERAY mais je devais être libéré assez vite (croyais-t-on) et ma mutation n’était pas possible. Son remplaçant à ORLEANSVILLE fut le Général du PASSAGE. Ce n’était pas du tout le même style, je ne l’ai pas beaucoup connu, j’étais devenu un peu tire au flanc.

Le départ de GRACIEUX se fit en douceur. Après une permission d’une quinzaine de jours en Métropole, il s’installa dans la zone avec sa division pour diriger une opération de grande envergure, il débarquait souvent au PC de la 9ème pour faire le point et moi j’en profitais pour faire le « porte-sac » entre le PC opérationnel dans l’OUARSENIS et ORLEANSVILLE. J’avais crée un nouveau poste et personne n’y trouvait à redire d’autant plus que mon remplaçant était arrivé, pour une fois le bureau des effectifs avait été plus vite que la musique

Février fut riche en évènement.

Le nouveau Ministre de l’Information, Roger FREY (futur Président du Conseil Constitutionnel) nous rendit visite. J’en garde le souvenir d’un homme distingué et courtois. Toutefois il n’a pas laissé que des bons souvenirs lors de son long passage au ministère de l’intérieur, son préfet de police non plus : c’était PAPON !

Le colonel BROTHIER, passa à ORLEANSVILLE à cette époque. BROTHIER succéda au commandement du 1er REP  au Colonel JEANPIERRE, de 56 à 57 puis laissa la place à nouveau au colonel JEANPIERRE de 57 au 29 mai 1958 pour retourner dès le 1er juin aux commandes du régiment jusqu’en 1959 pour la raison que l’on sait. Ce n’était pas vraiment une visite de courtoisie, j’ai cru comprendre qu’il venait râler auprès de GRACIEUX sur la tournure que prenait l’opération en cours dans l’OUARSENIS.

Le 10 février le FLN fait exploser une bombe à la poste – bilan : 1 mort, 17 blessés, le lendemain c’est une grenade qui est jetée dans le grand garage d’ORLEANSVILLE des dégâts bien sûr mais pas de blessé.  Le couvre feu est institué et nous n’avons plus le droit de sortir seul en ville

Le Général du PASSAGE débarque le 18 février très discrètement, apparemment il avait l’air étonné de se retrouver dans un milieu qui lui paraissait hostile, je n’ai jamais su d’où il venait et quel fut son parcours après, il me semble me souvenir qu’il appartenait à l’ABC avec tout ce que cela comporte de rigidité ( ?) et le gilet de couleur.

Le 20 février visite du Général MASSU et du Préfet CHAPEL ;

Le 27 février cérémonie de passation des pouvoirs entre le général GRACIEUX et le général du PASSAGE. Le « tout ALGER » est présent ainsi qu’un détachement des régiments de la 9ème DI, ça fait du beau monde !

 

Le général m’emmena à MOLIERE pas très loin de BOU CAID en jeep sous une forte pluie, c’est lui qui conduisait (comme d’hab !) et il n’a jamais voulu mettre la bâche. J’étais assis derrière lui et avec mon voisin (je ne sais plus qui) nous nous amusions de voir les gouttes d’eau dégouliner du lobe de ses oreilles. On s’amuse comme on peut ! Je ne regrettais pas d’avoir mis ce jour là un casque . Pendant l’ascension j’étais intrigué par l’attitude d’un gars couché sur l’aile gauche du camion qui nous précédait. Mon voisin m’expliqua que c’était un personnage précieux car mieux qu’une « poêle à frire » (détecteur de métaux) il relevait la moindre anomalie sur la route qui pouvait laisser supposer la présence d’une mine. Il fit stopper le convoi deux fois, ce furent deux fausses alertes mais pendant qu’il était à plat ventre au milieu de la route occupé à gratter la terre, je n’en menais pas large.

Cela me rappelle une histoire qui fit le tour de la popote :

« Par téléphone, un officier d’Etat-Major demandait au Colonel de ne pas oublier les « poêles à frire » - N…Non, nous prendrons des rations ! »

Le Colonel MOREL, d’ordinaire assez froid et distant avait bien compris lui aussi, que je pouvais être plus utile ailleurs qu’à ORLEANSVILLE, c’est ainsi qu’il me proposa une visite à AIN SOUR, petite bourgade située au-dessus de MILIANA dans les Monts du ZACCAR. Quel paysage ! C’était un endroit pas très fréquentable mais la beauté des lieux faisait oublier un éventuel danger. Faut dire qu’avec MOREL nous n’étions pas seuls, il y avait du monde derrière et devant.

Le Colonel ESTEULLE, dont je ne me souviens pas exactement les fonctions, était un homme, calme, posé, d’une grande décontraction, m’emmena à LAVARANDE et nous fîmes un autre jour une incursion dans la ZONE EST de l’ORANAIS à INKERMAN.

C’est ainsi que semaine après semaine je pus me balader dans une grande partie du CHELIF. J’étais devenu une espèce de secrétaire particulier des officiers du cabinet. Mon rôle consistait à préparer le dossier de l’unité que nous allions visiter, cela m’obligeait à contacter les chefs des différents bureaux de l’état-major (personnels, matériel, action psychologique etc..) selon l’objet de notre déplacement pour rassembler les documents nécessaires.

Excellent souvenir du spectacle superbe d’une fantasia, d’un concours hippique à Sainte Margueritte pas très loin de BOUFARIk  à l’occasion de l’AID ES SEGHIR, les moutons avaient passé un mauvais quart d’heure, en méchoui ils furent délicieux.

Le 15 MARS le 1er bureau de l’Etat-Major de l’Armée nous adresse le message suivant :

 

PERSONNEL FRACTION CONTINGENT 1956 2/C ARRIVES RENFORT EN A.F.N. AVANT 15 JUIN 1957 SERONT LIBERES DU 1erAVRIL AU 10 AVRIL – STOP-

…………………………………………………………………………………….MODALITES LIBERATION AUTRES CATEGORIES PERSONNELS DE CETTE FRACTION CONTINGENT SERONT PRECISEES ULTERIEUREMENT  - STOP - …………………………………………………


    A suivre....... 



            Michel  BRUN. 
  michelgamay@orange.fr

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16 novembre 2009 1 16 /11 /novembre /2009 16:19

IL N'Y AVAIT PAS QUE DES HEROS EN ALGERIE
1ère Partie

Mon service militaire en ALGERIE du 11 mars 1958 au 20 Avril 1959

Ce chapitre est dédié à Madame la Générale HEUX



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Ma mère a eu la bonne idée de garder la presque totalité des courriers que j’ai envoyés et cela va bien m’aider dans la rédaction de l’histoire de cette période de ma vie

Nous devions être présents à la caserne DUPLEIX le Samedi 8 Mars pour prendre un train dans la soirée : direction Marseille. Les trains de militaires sont transformés en omnibus et s’arrêtent souvent pour laisser passer les trains de civils. Il nous a fallu 17 heures pour rallier la capitale des Bouches du Rhône, heureusement nous n’étions que 5 dans un compartiment de 8 places, mais 5 bidasses enfermés pendant toute une nuit ça sent ! Ca sent le soldat, ça sent les pieds, ça sent le suint, ça sent l’aigre, ça sent pas bon.

A peine installé, un militaire ça mange, ça boit, ça joue aux cartes, ça retire ses chaussures et puis ça arrive à dormir. Dans le courant de la nuit j’étais allé me balader dans le couloir pour changer d’air, c’était le moment où nous traversions une gare déserte. J’ai réussi à lire sur un panneau « MACON ». J’étais loin de me douter que 8 ans après ce voyage organisé mais involontaire j’allais vivre dans cette région avec femme et enfants.

A l’arrivée, comme des centaines de milliers de garçons qui transitèrent par la ville de la « bonne mère », nous fûmes embarqués en camion pour rejoindre le camp Sainte Marthe. Très vite nous fûmes installés dans de vastes chambrées et très vite nous avons compris qu’il ne fallait pas moisir dans le secteur car des corvées allaient être distribuées. L’un d’entre nous repéra au fond d’une cour et derrière un bâtiment une large brèche dans un mur qui aurait permis le passage d’une escouade ! On s’engouffra à toute allure en escaladant deux ou trois parpaings. J’ai toujours pensé que la direction du camp connaissait  ce trou mais laissait faire les « évasions » réalisant ainsi de substantielles économies sur la nourriture.  A peine avions nous retrouvé la liberté qu’un camion militaire s’arrêta à notre hauteur et le chauffeur nous proposa de nous descendre en ville. Il nous débarqua sur le Vieux Port. Malheureusement en sautant du bahut le bas de ma capote (manteau de soldat) est resté accroché à une aspérité et j’ai entendu « crac ». Le haut de la fente était déchiré horizontalement sur au moins 5 cms. Tout de suite j’ai pensé à la sanction si je n’arrivais pas à réparer le vêtement. C’est une brave patronne de bistrot qui me voyant bien ennuyé  sorti de sa boite à ouvrage fil et aiguille pour recoudre impeccablement la déchirure. Plus tard, copain avec un magasinier, j’ai pu changer ma capote accidentée contre une autre pratiquement neuve. Je passe les détails de notre virée dans les rues chaudes de Marseille, ils ne furent pas glorieux et ils ressemblent en tout point à ceux que vécurent nos prédécesseurs et nos successeurs. Un soldat en goguette ça manque souvent d’imagination et il ne fait que rééditer les nombreuses couillonnades  qu’il a entendu raconter pas les anciens.

Le lundi 8 mars vers 9/10 heures nous prenons la direction du port en camion avec notre barda, un lourd barda. Le moral était au beau fixe, c’était un peu comme si nous partions en vacances. Il faut dire aussi que nous étions une équipe de choc très soudée car après avoir été séparés à la suite de nos « classes » à Monthléry, nous nous sommes bien vite retrouvés. Des camions s’échappaient les chansons du moment, je me souviens particulièrement de « Marjolaine »

 

Marjolaine toi si jolie

Marjolaine le printemps fleurit

Marjolaine j’étais soldat

Mais aujourd’hui je reviens près de toi

 

Le pauvre Francis Lemarque aurait été consterné d’entendre sa chanson complètement matraquée, Dalida aussi. L’inévitable « Ce n’est qu’un au revoir » était au programme, mais il y avait aussi par ci par là des tonitruants « La quille bordel ».

Très vite nous arrivâmes en vue de notre bateau. Nous espérions le « VILLE d’ALGER », le « VILLE d’ORAN » ou le « VILLE de MARSEILLE », que nenni, ce fut le « DJEBEL DIRA ». 113 mètres de long, 15 mètres de large, 16,5 nœuds de vitesse moyenne et lorsqu’il ne transportait pas de militaires il pouvait accueillir 306 passagers dont 56 en 1ère classe. Mais pour notre traversée nous étions au moins 500 ! Nous n’avions rien contre ce navire mais il n’était pas aussi majestueux que les autres et l’état de la mer nous faisait craindre le pire, nous n’avions pas tort.

En une demi heure nous étions installés dans des cabines que nous avions monnayées à l’équipage contre la somme de 2500 francs de l’époque soit une quarantaine d’Euros 2005. Nous avions consciencieusement pris la nautamine que nos mères avaient glissée dans nos poches et nous pouvions assister aux manœuvres de largage des amarres sereinement. 

Pour la majorité d’entre nous c’était une découverte et malgré le mauvais temps nous nous régalions du spectacle magnifique qu’offre la sortie du port de Marseille. Hélas très vite le Château d’If et Notre Dame de la Garde s’estompèrent dans la grisaille.

Notre rafiot bouge un peu mais c’est très supportable. Midi sonne, notre cabine nous donne droit à une salle à manger. Nous sommes en pleine mer et les creux sont de plus en plus importants et déjà les moins résistants sont d’une grande pâleur. Il y a à bord des aviateurs recroquevillés en tas sur le pont, ils sont copieusement arrosés par des vagues de plus en plus menaçantes, on ne voit plus que des tas de tissus bleus. Dans les coursives on commence à glisser sur des vomissures, mais dans notre bande ça va. 19 heures, il faut penser au dîner, direction la salle à manger où nous avions été fort bien traités pour le déjeuner. Dans les assiettes une excellente soupe de poissons s’offre à nos papilles. Et là d’un seul coup ça ne va plus du tout, l’effet de la nautamine est devenu nul !

 

Je suis le premier à déguerpir à toute allure, les coursives sont devenues impraticables, il faut se cramponner aux parois. Catastrophe les toilettes sont bouchées, trop tard pour remonter sur le pont et je ne peux qu’en rajouter. 50 ans après j’ai encore dans le nez les odeurs mélangées de mazout, de vomis, de soupe de poissons bref les odeurs du Djebel Dira pendant une tempête.

 Presque toute la nuit ce fut un défilé de troufions malades comme des chiens vers les bastingages. Dans ces cas là, surtout ne pas aller à l’arrière ni même au milieu mais bien s’appliquer à aller donner à manger aux poissons à la proue, tant pis pour ceux qui sont derrière. Je ne vais pas expliquer pourquoi, c’est facile à comprendre. Nous n’en pouvions plus, les estomacs et les abdominaux (j’en avais à l’époque) étaient en marmelade. Nous sommes arrivés à ALGER à 15 heures soit un voyage de 29 heures qui ne dure d’habitude qu’une vingtaine d’heures. La tempête était si importante, avec des creux de 10 mètres, que le commandant préféra passer par la partie occidentale du golfe du lion.

Et puis, miracle, dès que nous fûmes en vue de la côte, la mer se calma et nos soucis s’envolèrent. Nous pouvions en toute quiétude assister à l’approche du navire vers Alger la Blanche qui ne l’était pas tellement ce jour là. Il était 15 heures 30 lorsque le Djebel Dira solidement amarré se vida de ses occupants. Il y avait sur le quai beaucoup de personnages importants venus nous souhaiter la bienvenue. Des dames qui arboraient le logo de la croix rouge nous remirent un petit paquet et une carte postale pour écrire notre premier courrier algérien. J’avais hérité d’une carte de AIN TEMOUCHENT riche de 4 vues : l’Ecole d’agriculture – Place Gambetta –le jardin public et l’Eglise  et la Place de Verdun.  

Tout de suite je fus séduit par la beauté d’ ALGER, par son ambiance, ses odeurs et la truculence des Algérois.

La Base de Transit était archi pleine, les couloirs étaient encombrés par des lits, nous eûmes la chance de dégotter un petit coin acceptable dans les caves. Nous avons pu sortir en ville de 18 à 21 heures. Nous étions complètement éreintés par notre escapade marseillaise et les méfaits de la tempête, aussi après avoir dîné copieusement pour nous requinquer nous n’avions qu’une hâte c’était de rentrer pour chercher un sommeil réparateur.

 

Le lendemain c’est en pleine forme que nous prenions le train sur le coup de 14 heures 30 en direction d’Orléansville. Ce train de la ligne ALGER-ORAN, on l’appelait l’INOX à cause de son matériau de fabrication et de son aspect. Le FLN s’est appliqué à le faire dérailler de nombreuses fois provoquant ainsi des immobilisations assez longues et surtout beaucoup de victimes. C’était leur « Bataille du rail » à eux !

 

Le voyage, bien qu’inconfortable, fut l’occasion de découvrir l’Algérie, nous ne pensions pas tellement bavarder, nos yeux était écarquillés et heureux de découvrir la beauté des paysages. Tout de suite j’ai senti que j’allais l’aimer ce pays. Nous sommes passés par El Affroun, Blida, Affreville, Duperré, Oued Fodda, des villes que j’aurais l’occasion de traverser mais en voiture par la N 4.

Nous étions dans la plaine du CHELIF avec le DAHRA à droite et l’OUARSENIS, à gauche dans le sens de la marche du train, qui porte bien son nom puisque en berbère cela signifie « Rien de plus haut », 

 

Notre débarquement sur les quais de la gare de notre destination n’eut rien à voir avec notre arrivée sur les quais maritimes d’ALGER. Pas un chat, personne pour accueillir notre détachement d’une soixantaine de bonshommes. Le responsable, un brigadier-chef qui devait accomplir ce jour là sa première mission, était bien ennuyé. Il réussit à intercepter un capitaine qui passait par là tout à fait par hasard. Il tombait des nues mais apparemment très satisfait de recevoir des « renforts », il s’empressa de donner 3 ou 4 coups de fil qui permirent de débloquer une situation un tantinet ridicule. Enfin nous fûmes hébergés à la caserne LASALLE  59ème Compagnie de Quartier Général. Visiblement « on » ne nous attendait pas, c’était paraît-il des aviateurs qui étaient attendus.

Nous avons appris assez vite que nous devions être mutés dans un Régiment d’Infanterie, le 22ème ou le 131ème, ce n’était pas vraiment une bonne nouvelle. Mais grâce à quelques rigollots de la bande, je pense en particulier à Jacques FIX l’Arpajonnais, nous entendions plus d’éclats de rire que de jérémiades et le moral restait bon.

Notre casernement se résumait à une paillasse posée à même le sol, elle portait bien son nom, c’était un grand sac rempli de paille. Ca sentait bon, mais ça piquait les fesses ! Apparemment « on » ne savait pas trop quoi faire de nous, aussi de temps en temps 2 ou 3 d’entre nous étaient désignés pour aller patrouiller en ville. Il s’agissait de parcourir la rue d’Isly, l’artère principale, dans les deux sens de 8 heures à 11 heures et de 13 à 16 heures : ce n’était pas très folichon mais cela avait l’avantage de nous familiariser avec l’environnement.

C’est le Samedi 15 Mars 1958 que s’est dessiné mon avenir algérien. Assez tôt dans la matinée nous apprenions que la 59ème compagnie de QG qui régissait le personnel de l’état-major de la 9ème Division d’Infanterie avait besoin, pour compléter les effectifs de 4 secrétaires dactylos, d’un mécanicien et d’un coiffeur. Nous étions une dizaine à convoiter la place de secrétaire, il fallut passer un concours de dactylograhie (temps, présentation etc…). Je me suis présenté avec beaucoup de culot, mes connaissances en frappe étant assez limitées. Je ne suis pas allé très vite mais j’ai soigné la présentation, et coup de théâtre je suis arrivé 1er devant GICQUEL, un pro de la machine à écrire. Cette première place me valut le privilège de choisir mon affectation. Les postes à pourvoir étaient : secrétaire au 5ème bureau (action psychologique) – secrétaire au 2ème bureau (renseignements) – secrétaire au bureau du Chef d’Etat-Major et enfin secrétaire au Cabinet du Général Commandant la 9ème DI et la Zone Ouest de l’Algérois. Les 4 postes étaient certes intéressants mais bien évidemment c’est celui  de secrétaire au cabinet du Général qui eut ma préférence. Mon copain PASSONI, mécanicien de métier se retrouva, bien content, au garage de la Cie de QG et GICQUEL fut nommé au secrétariat du Chef d’Etat-Major.

La petite bande qui s’était constituée depuis MONTHLERY, DUPLEIX et les INVALIDES avait volée en éclat : FIX était affecté à MARBOT au 2/131ème RI, MANCHON à MILIANA au 3/131ème RI etc….

 

Très vite je fus installé dans un bureau qui était aussi une chambre à l’usage du secrétaire de permanence. Le secrétaire en place, MARTIN, que je devais remplacer puisqu’il était libérable me présenta le travail et les membres du secrétariat. Je vais essayer de ne pas en oublier : Chef du Secrétariat – Adjudant-Chef DUPRAT qu’on appelait « Mon lieutenant » comme le veut la tradition dans la cavalerie et il y tenait ! Adjoints – Maréchal des Logis Chef GALLAIS et le MDL LOPEZ, un pied noir d’ORLEANSVILLE. Loulou LERAY , le motard estafette, PIATIER, DORCHNER et FOURNIER, les chauffeurs. La dactylo, oui il y avait une dactylo, je n’ai donc eu à me servir d’une machine que très épisodiquement, Melle FACKLER vieille fille d’une cinquantaine d’années très revêche. 

Le patron était le Général RENAUD, un brave homme rondouillard, que je n’ai pas connu longtemps, il fut remplacé par le Général Jean GRACIEUX le 1er Avril 1958.

Jean GRACIEUX était l’un des quatre généraux parachutistes que comptait l’Armée à cette époque. Il est né le 16 juillet 1908 à REALMONT dans le TARN et il est décédé le 25 avril 1974 à l’hôpital de la Salpêtrière à PARIS. C’était un roc, une force de la nature, un visage buriné à l’image de ses compatriotes du LAURAGAIS , mais un visage illuminé en permanence par un sourire réconfortant, reposant. C’était un homme animé d’une grande sagesse et d’une diplomatie digne d’un représentant du quai d’Orsay. La porte de mon bureau était ouverte en permanence et le matin en passant devant il me faisait un petit signe de la main (c’était un coucou ce n’était pas un salut) et lançait à la cantonade : « Salut Brun, t’as bien dormi, t’es en forme, on va avoir du travail aujourd’hui ». Du travail on en avait tous les jours et je ne m’en plaignais pas. Et souvent le soir en partant il passait son nez à la porte « T’as fini Brun, je m’en vais, je t’emmène ? » Je ne me le faisais pas dire deux fois, j’étais heureux de rentrer dans la 403. Nous habitions au même endroit, à « la Maison du Général », une vieille grande bâtisse de trois étages où logeaient les officiers supérieurs de l’Etat-major. 

50 ans après, je vais faire travailler mes méninges pour tenter de reconstituer la composition du Cabinet

ADJOINTS : Colonel LE PORZ un artilleur et le Colonel de BELLENET

ADJOINT ET COMMANDANT DU SECTEUR D’ORLEANSVILLE, il y avait 6 secteurs dans la ZOA : Colonel MOREL futur Inspecteur de la Légion Etrangère.

CHEF DE CABINET: le brave Colonel GOIRAN, un nicéen érudit qui fut l’un des organisateurs des nuits de l’Armée. A ma libération il me demanda de lui expédier, le catalogue de l’exposition de l’Art Précolombien qui se tenait au Musée de l’Homme. Ce que je fis bien sûr pour son grand plaisir.

AIDE DE CAMP : Capitaine Pierre HEUX, j’ai connu deux autres aides de camp : le lieutenant de DINECHIN, c’était après lui et le capitaine de LESTANG c’était avant. Je les ai connus très peu de temps et je n’ai jamais eu avec eux la sympathie et je peux dire la complicité que j’avais avec Pierre HEUX . C’était un Normand  né à ROUEN le 16 Novembre 1928, il finit sa carrière avec le grade de Général de Brigade, il est décédé en 1995.

CHEF D’ETAT MAJOR : Colonel MARQUEZ Peu causant, toujours soucieux, j’ai eu à faire avec lui une fois : (voir plus loin) , puis le Colonel CECCALDI, artilleur qui fit parler de lui à KOUFRA et en Janvier 1960 au cours des barricades. Il commanda par intérim pendant un temps la 10ème DP.

SOUS-CHEF D’ETAT MAJOR : Lieutenant-Colonel FOURNIER-FOCH, petit-fils du Maréchal. Il est décédé dans sa 94ème année le 16 janvier 2006 à CORDON (74) entre SALANCHES et MEGEVE

Et puis en vrac toute une équipe de colonels, commandant de régiments et de secteurs : Colonels LALLEMAND et ESTEULLE (22ème RI – TENES)BRITSCH – BARADA – MEYER – MAINIERE de SCHAEKEN (131ème RI - TENIET EL HAAD) Le Colonel de SCHAEKEN qui portait monocle ne se déplaçait jamais en opération sans une espèce de petite guérite qui lui servait de WC : les pilotes des gros hélicoptères SIKORSKY se faisaient un malin plaisir de rester en stationnaire au dessus de l’édicule jusqu’à ce qu’il se renverse à la grande fureur du colon, il fut malheureusement tué au cours d’une opération à BOU CAID , Commandants PEPIN LE HALLEUR et PAUCOT (décédé le 22 Octobre 2009 à l’âge de 91 ans – Colonel - )

Et enfin notre assistante sociale bien-aimée Simone GUILLE, qui fut un court moment de SAILLY pour devenir HEUX pour toujours.

J’allais oublier l’ordonnance du Général, il y eut ANTOGNARELLI puis un drôle de bonhomme sympathique qui avait fait les 400 coups, le Caporal-Chef de la Légion Charles HYBS . GRACIEUX le traînait dans ses bagages depuis l’Indochine : il se serait fait découper en rondelles pour son patron.

 

Mon travail était assez varié : enregistrement du courrier, ça c’est classique, présentation des courriers à la signature, tous les matins faire un résumé de ce qu’on appelait les BRQ (Bulletin de renseignements quotidiens) qui arrivaient des 6 secteurs, balader les journalistes (j’aimais bien), donner un coup de main au mess les jours de grandes occasions (ça aussi j’aimais bien !) etc….

Le cabinet s’était aussi le bureau des décorations, les dossiers arrivaient sur mon bureau et je devais mettre de l’ordre dans la présentation : c’était un rituel qui avait dû être mis en place par le prédécesseur du  prédécesseur de mon prédécesseur et il n’y avait pas de raison pour que je change quoi que ce soit . En haut à gauche de la demande j’épinglais un papier d’un huitième de page qui donnait l’état civil du bonhomme et en 4 ou 5 petites lignes je devais résumer le motif  de la proposition. En bas et à droite j’inscrivais au crayon papier un O (oui) ou un N (non) . Les motifs du « NON » étaient variés cela allait de la demande déjà formulée,  au motif manquant de précisions ou bien encore s’il s’agissait d’une demande concernant un accrochage, il fallait que cet engagement ait été signalé dans un BRQ. C’est ainsi qu’un beau jour j’ai rencontré un gros problème avec un capitaine du service du matériel, c’était un vieux capitaine. Il était proposé par je ne sais plus qui pour une Croix de la Valeur Militaire. Le motif disait qu’il s’était particulièrement distingué lors d’une action rebelle perpétrée à la sortie de Oued Fodda, les fellaghas étant dissimulés à la sortie du petit pont du chemin de fer. Manque de pot pour lui, c’était un dimanche, nous revenions de la piscine avec la 203 du colonel MARQUEZ et nous le suivions, il était lui aussi dans une 203 accompagné par 2 ou 3 personnes. Je l’avais remarqué à la piscine. Nous avons été, c’est vrai, dans la ligne de mire de 3 ou 4 zigotos mais en fait de s’être « particulièrement distingué », il avait fait comme nous. Grâce au sang froid et à la dextérité de nos chauffeurs respectifs nous nous sommes débinés à toute allure en tirant pour la forme 2 ou 3 coups de 9 mm par les fenêtres des voitures qui étaient grandes ouvertes (il n’y avait pas de « clim » à l’époque !). Aucun impacts de balle sur les voitures, nos lascars étaient particulièrement maladroits : seule une grosse  trouille nous a accompagnés pendant quelques kilomètres. En voyant la demande j’ai pensé aux copains qui étaient autrement exposés que nous et qui, eux, méritaient des kilos de médailles, aussi c’est tout naturellement que j’inscrivis un petit « N » sans me douter du foin que cela allait faire. Il fallut que j’explique au Colonel GOIRAN , Chef du Cabinet, les raisons de mon « N » et bien sûr il le confirma. Environ 15 jours après je fus surpris de voir débarquer le courageux capitaine qui m’indiqua qu’il avait rendez-vous avec le général, il n’avait pas l’air content. Je le conduisis chez GOIRAN comme le voulait le protocole. Au bout d’un quart d’heure le général me demandait de venir dans son bureau, il me fit asseoir : à mes côtés piaffait le « héros de Oued Fodda ». Il me fit raconter en détail notre mésaventure et bien sûr le capitaine contesta, affirmant qu’il avait fait fuir « les assaillants » et il crût bon d’ajouter qu’il donnait sa parole d’officier ! GRACIEUX un petit sourire en coin me demanda : « qu’est-ce que t’en penses Brun » et moi comme un ballot j’en rajoutais une couche en affirmant que les choses s’étaient passées comme je les avait décrites et que moi je lui donnais « ma parole de français moyen ». Le Gégène me parut atterré et il me congédia en se retenant pour ne pas pouffer. Dès le départ du glorieux capitaine, GOIRAN vint me voir dans mon bureau et, bien embêté me dit que le Général aimerait bien que je revois mon jugement. En effet, l’objet de mon ressentiment allait bientôt partir en retraite, on m’expliqua qu’il avait reçu la médaille militaire lorsqu’il était sous-off, mais que depuis aucune barrette n’était venue orner son blouson si ce n’est des commémoratives . Alors, comme c’était un brave type ce serait bien qu’il parte avec au moins  la CVM. Moi aussi je suis un brave type alors j’ai pu dire que je n’avais pas vu grand chose du fameux accrochage. GOIRAN était bien content et il a pu effacer le « N » écrit au crayon. En partant le soir, GRACIEUX en passant devant mon bureau me déclara avec un large sourire « T’es drôlement gonflé Brun, le coup de la parole d’un français moyen on ne me l’avait jamais fait »

 

J’ai méchamment payé mon coup d’éclat. Quelques temps après, alors que nous étions en voiture le Général me fit remarquer que mon insigne de manche était vierge de tout galon. Je devais avoir 25 mois de présence sous les drapeaux. Il demanda au capitaine HEUX de voir avec le colonel GOIRAN pour qu’il fasse une demande de « BRIGADIER-CHEF » au moins, afin que j’ai une chance d’obtenir les galons de « BRIGADIER » auprès du capitaine P…., le Commandant de la 59ème Compagnie de QG dont je dépendais. Merci mon Général, mais P…. était un grand copain de mon acolyte en embuscade ! La réponse ne tarda pas à arriver : les effectifs de la compagnie en Brigadiers et Brigadiers-Chefs étaient plus que complets, il n’était donc pas possible, avec regrets, de donner une suite favorable à la demande, mais le 2ème classe BRUN sera nommé prochainement à l’emploi de 1ère classe. Je pus donc coudre mon galon rouge à compter du 1er Mars 1959 soit à 1 mois et 3 semaines de la « quille » ! Ce n’était pas très glorieux !

Je n’avais jamais rien fait auparavant pour tenter d’échapper à ma condition de 2ème classe. J’aurais pu tenter la démarche, j’aurais gagné trois sous de plus, mais il arrivait très souvent de voir des galonnés tout frais se retrouver sur un « piton » dans le très peu accueillant massif de l’OUARSENIS. Les bidasses du TRAIN étaient particulièrement visés, parce que soupçonnés d’être pistonnés (parfois à juste raison !), et très vite, la sympathique fente verte de leur calot se retrouvait transformée en rouge de l’INFANTERIE. J’étais trop bien là où j’étais et je ne voulais en aucun cas prendre de risques.

 

Puisque j’évoque les sous je vais rafraîchir des mémoires en rappelant quelques chiffres.

Tous les 15 du mois nous touchions 535 francs soit en pouvoir d’achat équivalent en 2005 : 8 euros

A la fin du mois nous recevions 5200 francs soit : 78 euros

Un paquet de cigarettes « TROUPE » coûtait 20 francs soit : 0euros30, elles n’étaient pas chères mais elles n’étaient pas bonnes non plus. On s’offrait un extra de temps en temps avec un paquet de BASTOS (27 cigarettes par paquet) à 84 francs (1euros 25)

Par manque de prudence, par négligence, par bêtise surtout je me suis fait voler dans les vestiaires de la piscine de Oued Fodda la bagatelle de 10.000 francs (150 euros) : ce fut une catastrophe : cela représentait deux mois de paye !Le sommeil fut long à venir et le moral était bien bas.  C’était le 26 juillet et ô miracle le 28 juillet je recevais de mon employeur « les vins KIRAVI » un mandat de ……….10.000 francs ! Le moral revenait au beau fixe, mais il n’empêche que j’ai pensé pendant longtemps au magot que j’aurais pu serrer dans ma bourse si une racaille ne m’avait dévalisé.

Il fallait débourser entre 45 et 50 francs (60 à 70 centimes d’euros) pour siroter une bouteille de bière, d’orangina ou de riclès.

Les distractions à Orléansville n’étaient pas nombreuses, il y avait un cinéma en ville  et nous avions parfois des projections dans la caserne, toutefois de temps en temps notre grande sortie, c’était un petit restaurant situé dans les faubourgs « Chez mamie ». C’était le rendez-vous des bidasses en goguette, la patronne était sympa, la serveuse aussi et l’assiette certes modeste (Œuf sur le plat, jambon, frites et une orange délicieuse) nous changeait de l’ordinaire et ça sentait bon le civil : cela nous coûtait 350 francs (5euros25).

Notre grand plaisir était de nous installer à la terrasse de la « Rotonde » qui restait ouverte jusqu’à 21 heures en période normale et 22 heures pendant le ramadan. Nous en avons siroté des « orangina citron » en refaisant le monde !

A Noël les Orléansvillois ou plutôt quelques Orléansvillois avaient la gentillesse d’inviter à leur table un ou deux soldats. Moi, je n’ai pas eu cette chance mais grâce à Madame Guille j’ai hérité avec ses deux secrétaires (DUCHESNE et FAVRE) d’un BON pour dîner au célèbre hôtel BAUDOIN tout neuf car il fut entièrement détruit par le tremblement de terre de 1954 : ce fut très agréable, c’était mon premier contact avec un grand hôtel. Il y avait ce jour là un jeune chanteur : Charles AZNAVOUR !

 

Le dimanche notre active assistante sociale s’ingéniait pour nous trouver une activité ou une ballade, celle que nous préférions, et de loin, était nos escapades à TENES pour faire trempette dans la grande bleue.

Le colonel CECCALDI (« l’artilleur de KOUFRA ») et le débonnaire GOIRAN  étaient de temps en temps du voyage. HEUX ne devait pas aimer l’eau car je ne me souviens pas qu’il fit partie du groupe. Si nous partions le matin le cuistot nous préparait un repas froid digne des meilleurs traiteurs : c’était de grands moments conviviaux faits de grande rigolade et je réalise maintenant combien ces officiers qui avaient fait les 400 coups savaient aussi se montrer très sympas avec la « troupe ».

Les choses auraient pu très mal tournées lors d’un après midi baigné de toute la lumière d’un soleil méditerranéen en pleine forme. Alors que vautré sur un matelas pneumatique et que je me laissais aller au gré des vaguelettes un tac-a-tac rageur et obstiné qui sortait tout droit des entrailles d’une 12,7 me fit chavirer. Sortant la tête de l’eau, je pus voir les impacts qui soulevait le sable de la plage, effaré mais sain et sauf, j’ai pensé que nous allions relever des blessés ou des tués. Un grand silence succéda au vacarme, je sortis de l’eau pour rejoindre les deux copains, ce jour là nous n’avions pas « d’accompagnateurs ». Miracle personne sur la plage n’avait été atteints. Très vite les jeeps et les half-tracks du 22ème RI s’étaient mis en route pour poursuivre les zigotos qui s’étaient installés sur la colline qui surplombe la plage. Nous aussi très vite nous ramassâmes nos petites affaires pour déguerpir. Nos baignades à TENES n’eurent plus jamais les mêmes saveurs, à partir de ce jour nous surveillions de très près les environs ! Au retour ce fut une halte réparatrice au II/2ème R.IMA au « Trois Palmiers » (3 ou 5 ?) dont dépendait Loulou LERAY

 

Tous les prétextes étaient bons pour prendre une voiture et effectuer les trois heures de route qui nous séparaient  de la « capitale ». Soit le Colonel GOIRAN me chargeait d’aller récupérer un billet d’avion (pour sa cousine !?) , soit le Bachaga BOUALEM nous demandait de livrer un sanglier ou d’autres gibiers chez SALAN ou chez ALLARD etc.. etc…Ces livraisons étaient toutefois toujours accompagnés d’un motif sérieux et officiel. Nous nous dépêchions de rentrer le soir pour ne pas nous trouver en pleine nuit dans la traversée du Col du KANTEK. Lorsque nous rentrions d’ALGER avec le Général, il y avait un cérémonial auquel nous nous prêtions bien volontiers. A la sortie d’ AFFREVILLE les gendarmes, prévenus de notre passage, nous arrêtaient et imposaient au général, qui était comme toujours au volant, une escorte de halfs tracks : deux devant, et deux derrière la 403. Il acceptait cette disposition que je jugeais plutôt rassurante et qui me plaisait bien, mais au bout de 2 ou 3 kms lassé par la lenteur des engins, il doublait l’escorte au grand désespoir de la maréchaussée ! C’est ce moment que choisissait le capitaine HEUX pour sortir de la boite à gants un révolver à barillet, DORCHNER armait sa MAT 49 et moi le 9 mm qui ne me quittait pas pendant nos escapades. Le Général se tournait vers nous et avec un large sourire nous gratifiait d’un « Bande de trouillards ».

Il y avait une réelle complicité entre le Général, Pierre HEUX, Madame GUILLE et moi. J’avais su mettre à profit le désintérêt du Sous-Chef du Secrétariat pour son boulot : il arrivait à 11 heures repartait à midi et l’après midi il faisait rarement surface avant 16 heures ! Il avait fait venir sa femme et ses deux enfants et trouvait normal de leur consacrer beaucoup de temps. Quant au Chef, l’adjudant-chef de l’ABC, il s’était transformé en planton à la « Maison du Général » loin du tumulte. Si bien que doucement mais sûrement j’avais réussi à me rendre indispensable, il faut croire aussi que je devais leur être sympathique.

HEUX, qui n’était pas vraiment un homme de bureau se pointa un beau soir avec trois gros parapheurs sous le bras, je les reconnus, c’étaient ceux que j’avais préparés pour la signature par ampliation des ordres généraux de décorations ou témoignages de satisfaction . Après les avoir déposés sur ma table il me dit, sans rire, que sa signature était très facile à imiter et que je pouvais très bien lui rendre le service de signer à sa place tous ces diplômes parce qu’il avait autre chose de plus important à faire : il y en avait une centaine ! Il a bien fallu que je m’y colle, le capitaine y a pris goût puisque et c’est sans vergogne qu’il m’amenait tous les 15 jours environ mon lot de signatures. J’étais devenu un « faussaire » officiel !

Alors que le général était en opération quelque part dans les Monts de l’Ouarsenis, je vis débarquer dans mon bureau les colonels GOIRAN, MOREL et MARQUEZ . C’est ce dernier qui m’interpella : « Il paraît BRUN que vous imitez très bien les signatures » J’étais inquiet, où voulait-il en venir ? Il y avait un document très urgent à signer par GRACIEUX destiné au Général SALAN. A l’époque nous n’avions pas les moyen de transmission dont le XXIème siècle est riche et c’est GRACIEUX lui-même qui leur a dit par radio « Faites le signer à BRUN c’est un as de la falsification ! » Je n’étais pas vraiment à l’aise car si la signature de HEUX était très facile à imiter, celle du patron c’était autre chose. Ces messieurs ont mis une feuille blanche sous mon nez pour que je m’entraîne, j’étais gêné car au lieu de me laisser tout seul ils m’entouraient et observaient mes essais d’un oeil critique. Au bout d’une dizaine de signatures, MARQUEZ, qui devait en avoir assez déclara « Ca y est vous êtes au point » et je me suis exécuté en m’appliquant. Je n’étais pas trop mécontent de mon œuvre,  les autres non plus, ils avaient l’air ravi, ils partirent à toute allure avec le précieux papier serré dans un parapheur . Et moi je suis allé boire une bière, sans savoir ce que j’avais signé, j’avais eu chaud !

 

Fin Avril début Mai quelques manifs secouèrent (pas très fort) quelques villes et quelques endroits du bled, laissant présager un mouvement de grande envergure. J’emprunte au Colonel TRINQUIER son analyse sur le pourquoi des évènements du 13 mai :

« La menace d’abandon de l Algérie par un gouvernement usé et sans volonté a provoqué un violent sursaut populaire. L’imminence du danger a réveillé les énergies des hommes les plus menacés. Le peuple algérien a entraîné son armée qui s’est révolté contre l’Etat. L’ensemble du peuple français, lassé d’un système qui ne correspondait plus à rien, a finalement suivi. »

 

Très tôt le matin du 16 Mai la 403 filait sur Alger. A l’arrière il y avait DORCHNER, le chauffeur, et moi, à l’avant le capitaine de LESTANG (Pierre HEUX disparaissait de temps en temps) et au volant, comme d’habitude, le général. Dans la malle la dépouille d’un sanglier offert par le bachaga BOUALEM au général ALLARD laissait dégager un léger fumet ! Dans une autre voiture suivait le Colonel MOREL et je ne sais plus qui. DUPERRE, les lacets du Col du KANTEK, AFFREVILLE, EL AFFROUN furent franchis à toute allure. Cette fois il n’était pas question de halte casse-croûte, tout juste un arrêt pipi permettant d’arriver l’esprit clair et la vessie dégagée à la caserne Pélissier siège du Corps d’Armée. Pendant que Jean GRACIEUX et le capitaine disparaissaient dans les bureaux, nous nous appliquâmes avec DOCHNER à décharger notre bestiole dans les cuisines. Alors que nous avions terminé notre « mission sanglier » et que nous nous apprêtions à rejoindre le parking des voitures officielles pour récupérer nos passagers nous les vîmes installés dans une 403 arborant les 4 étoiles du général ALLARD traverser la cour à toute allure.......




                 A suivre

                 Michel  BRUN 
  michelgamay@orange.fr

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28 septembre 2009 1 28 /09 /septembre /2009 14:20

HARKETTE AU 2/22ème R.I.

 

 

 

Je m’appelle YACOUT Zouzou , j’ai quitté TENES à l’âge de 14 ans. Je me suis engagée à la S.A.S de HANOTEAU. Je revenais de temps à autre à TENES, mais j’y restais très peu de temps.

 

Le Commandant de MONTALEMBERT commandait la S.A.S. d’HANOTEAU à cette époque.

 

J’ai ensuite été harkette au 2/22ème Régiment d’Infanterie à TENES, et détachée au 1/18ème R.A. à PAUL ROBERT.

 

Sous protection militaire, j’étais chargé d’assurer l’action psychologique , l’infirmerie, et le conseil aux femmes dans les douars. De temps à autre, je servais également d’interprète.

 

A TENES j’ était sous les ordres du Colonel ERNOULD, qui a organisé en 1962 mon rapatriement en France.

 

 

YACOUT Zouzou.

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